Un petit passage sur www.skiresorts.ro pour verifier les hauteurs de neiges, un autre sur www.snow-forecast.com pour voir quand etaient les dernieres chutes et un dernier sur la webcam de sinaia ( www.teleferic.ro ) pour etre definitivement certain, et me voila convaincu qu'il est inutile de scruter mon porte monnaie et d'ecouter les voix de la raison; je n'ai rien a faire a Bucarest, ma place est sur des skis, a tracer les combes de Sinaia.

Pour cela, c'est tres simple, il suffit de bonnes conditions d'enneigement, d'une nuit blanche, d'un train matinal, de bon matos (je conseille le manteau tombe du camion, trouvable aisement en Roumanie), d'un cafe, d'une tablette de chocolat et d'un compagnon d'aventure: Ben, belge de profession et alcoolique de son etat. Accessoirement, Ben est snowboarder, ce qui en fait definitivement l'homme imparfait.

Nous arrivons a Sinaia a 9h, prenons un autre cafe, et nous dirigeons vers la desormais bien connue benne verte, qui a notre grand damn est a nouveau fermee pour cause de je ne sais trop quelle raison que je ne veux meme pas entendre.

Resolument, nous ne voulons pas aller a Predeal (trop facile) ni a Busteni (ininteressante). Nous nous rabattons donc sur Azuga, dont j'ai entendu parler quelques jours plus tot (voir article sur Sinaia). La station m'avait ete presentee en ces termes: le plus grand denivele de Roumanie pour une seule remontee, un unique telesiege, qui met 20 minutes pour vous amener au sommet. Le concept nous amuse, et decidons de nous y rendre.

Le probleme est que pour Azuga de trains il n'y a pas, et de maxitaxis, neni. Nous prenons de fait un train pour Predeal, ou nous attend comme par miracle un maxitaxi (une camionnette amenagee) pour Azuga.

Arrives dans le bled, le cadre denote franchement avec ce que nous avons pu voir anterieurement des stations de ski roumaines. Tres loin de Sinaia la huppee, de Busteni la familiale et de Predeal la touristique, Azuga apparait comme un village typique roumain, avec ses murs lepreux, ses toits de taules, son marche, ses carioles, ses tas de foin et sa brasserie. Tellement semblable que nous n'y voyons aucune remontee mecanique quelle qu'elle soit.

Ne perdons pas espoir et allons quemander l'autochtone sur sa connaissance du lieu, dis-je, a mon compagnon de fortune. dans un roumain impeccable, je demande au premier bouseux en bottes: ''unde este la telescaun, domnul?'' (ou est le telesiege, mon brave?). Il me baragouine une reponse pleine de voyelles que mon roumain d'ecole ne saurait tolerer. Nous ne sommes pas de la meme classe, vilain, je n'entend pas ton verbage et m'en vais requerir l'information d'une bouche autrement plus noble, lui repond-je.
La bouche plus noble s'avere etre celle d'une grand mere edentee qui d'un geste sans equivoque nous montre le lointain, terre inconnue et terrifiante, ou la main francaise n'a probablement jamais mis le pied. merci princesse, que les saintes icones du monastere de Curtea de Arges protegent ta famille pour 5 generations, que ta pieuse ferveur t'emporte au paradis, que ton aide salvatrice soit mille fois recompensee, et a la revoyure beaute.

Nous marchons donc vers le lointain, pendant au moins 40 minutes, pour finalement atterir face a une marre de boue spectaculaire, dernier rempart entre la station et nous.
Le susdit rempart franchi, et la susnommee station atteinte, nous nous mettons en quete de materiel de location. Ca peut sembler anodin d'un point de vue francais, mais en Roumanie, la question devient vite problematique, surtout quand on est deux et que l'un exige des skis carve (donc pas droits) et l'autre un snowboard avec sangles (donc pas avec fixes). La boutique recherchee se trouve en fait cachee au pied du telesiege, et le matos est globalement acceptable. Le seul hic est qu'ils n'ont pas de snowboard. Et hop, c'est reparti dans l'autre sens, pour finalement atterir dans une cahute aux allures de gargotte populaire, mais qui possede finalement des snowboards de qualite.

La journee de ski peut enfin commencer. Bonne surprise (qui ne sera pas la derniere), le forfait est ici moins cher que dans les autres stations que je connais. La deuxieme surprise n'en est pas vraiment une, puisqu'elle corrobore les informations glanees quelques jours auparavant: le telesiege est effectivement tres lent et met plus de 20 minutes pour nous amener au sommet. C'est un superbe 2 places polychrome avec sieges en bois et toit en metal. la classe. Il parcourt pratiquement 600 metres de denivele et donne acces a une seule piste, a mes yeux la meilleure de Roumanie (pour dire vrai, les meilleures sont selon moi a Sinaia, mais on ne peut pas reellement parler de pistes pour des traces non dames et pas vraiment balises). La piste est assez raide, assez large, avec quelques virages et des differences de pente, le tout avec des sapins et une jolie vue sur la vallee. Tres sympa, pour tout dire. De plus, une couche de 30 cm de fraiche recouvrait les montagnes ce jour la, et du fait que nous etions en semaine la station nous etait reservee. A priori que du bonheur.

Seulement, avec de telles conditions, j'avais soif de hors pistes et Ben d'une bosse bien sympa. Le plan indiquait bien une deuxieme piste partant du sommet, mais vue du depart du telesiege elle n'existait pas, et a son arrivee aucune trace ne partait vers sa position presumee. Nous questionnons donc le mec dispose a ramasser les miettes des skieurs qui ne savent pas descendre d'un telesiege (car un telesiege roumain ne s'arrete jamais. d'ailleurs, c'est bien simple, il n'y a meme pas de bouton d'arret d'urgence). Ils nous dit qu'il existe bien une piste, qui n'est plus entretenue, plus balisee, avec un acces complique et qu'elle ne dessert pas le telesiege.

-...
-??
-...
-mmhh?
-ok, on y va.

Et c'est parti. Il faut ramer un peu a flanc de montagne au debut. La montagne etant degarnie sur son sommet, ca ne pose pas trop de probleme. La piste atteinte, un spectacle feerique s'offre a nous. Une piste totalement vierge de trace, une pente parfaite, et surtout, une foret de souche recouverte de neige. C'est l'orgie. Trace, saut, trace, foret, trace, chute, saut, orgasme.
Je dois dire qu'a la base je suis plus freeride que freestyle (meme si les deux sont a priori compatibles), ce qui est l'inverse de Ben, qui est plus biere que whisky. J'ajoute aussi qu'un certain noel il y a quelques annees, un 360 s'etant transforme en 270, je m'en etais tire avec un disque sorti, que seul un rebouteux de Combloux, un certain Henri D (je prefere garder son anonymat, la profession est me semble-t-il illegale) avait pu me remettre en place. La chose m'avait un peu refroidi.
Mais la, ca aurait ete une insulte de ne pas exploiter ce terrain de jeu, et nous avons passe la journee sur cette piste a essayer toutes les bosses pour finalement se rabattre sur une seule, ou nous avons tente nos plus belles figures. Je dis bien tente, parce qu'a la base je viens de Paris et Ben de Bruxelles, que je n'habite pas la Clusaz et que je n'ai pas des skis a mon nom. Faut etre indulgent. Reste qu'on s'est bien fendu la poire, qu'on s'est bien couverts de bleus et qu'on a ramene un certain nombre de cliches corrects.

Nous trouvons pour le retour un maxitaxi pour la gare d'Azuga ou, par chance, un train pour Bucarest s'arrete 20 minutes apres que nous l'ayons atteinte. Nous arrivons a Bucarest casses mais pleins d'etoiles dans la tete, apres ce qui reste la meilleure journee de ski de ma vie.

Prochaine etape: memes protagonistes, mais changement de station. Retour a Sinaia pour un gavage de combes et de neige fraiche.