Parce qu'il n'y a pas que le ski dans la vie, et parce que ce pays va peut être se faire rayer de la carte du monde d'ici peu, voila un petit article sur l?Iran, et le récit d?un voyage que j?ai effectué en Juillet 2005.
Mis à part le fait que j?adore me la péter à raconter mes différents voyages, cet article a aussi pour but de présenter un pays méconnu et pourtant sublime et attachant.
Pour débuter sur un sujet comme celui-ci, la première question à se poser est : pourquoi l?Iran ?
En fait cette question est mal formulée, puisqu?elle devrait être énoncée de la sorte : pourquoi pas l?Iran ?
De préjugés en objections, voici donc les bonnes réponses :
-L?Iran est une dictature islamique peuplée d?ayatollahs despotiques, de mollahs fanatiques et de musulmans extrémistes.
-Faux. Certes, les ayatollahs sont loin d?être des tendres et exercent une vraie pression morale et religieuse sur la classe politique mais l?Iran est une démocratie où le président a été élu par le peuple et sans faux bulletin (ce qui n?est pas le cas de nombreux pays dits civilisés, comme par exemple la Roumanie où une élection honnête serait une insulte a la culture mafieuse et frauduleuse du pays). Il faut savoir, de plus que même si le père de l?Iran « moderne », l?ayatollah Khomeyni est vénéré et inébranlable, il n?en est pas de même de ses successeurs, et encore moins des mollahs qui sont unanimement détestés par la population. Enfin, les iraniens sont un peuple érudit et intelligent et savent faire preuve de critique sur leur gouvernement et leurs chefs religieux. Il est même surprenant de voir la virulence des journaux d?opposition. Pour les questions religieuses, en revanche, un iranien est musulman de facto. Il ne le sait pas pourquoi, mais la question n?est pas négociable. Pas plus que pour un roumain, qui est orthodoxe de naissance et qui se signe 5 fois lorsqu?il voit une église. Quelle que soit son nom, la religion ne favorise pas la réflection personnelle.
-L?Iran est un pays de sous développés sans infrastructures.
-archifaux. Les infrastructures sont étonnamment bonnes pour un pays du tiers monde sous embargo. Merci le gaz et le pétrole. Des autoroutes sillonnent le pays dans tout les sens, l?eau est potable aussi bien à Téhéran que dans le dernier des trous paumés, et le métro de la capitale est si moderne que celui de Paris passerait pour une antiquité du tiers monde.
-L?Iran, c?est loin donc c?est cher.
-faux. Un mois en Iran m?a coûté 500 euros, voyage compris. Avec nuits en hôtels, restos, visite et achat de tapis. Et encore, pour le routard de chez routard, il est possible de se nourrir avec les fruits et légumes du marché.
Bon, ceci étant dit, avant qu?on ne pense que je sois un fanatique à la solde du pouvoir, je dois tout de même signaler qu?un voyage en Iran implique quand même quelques contraintes :
-l?obtention du visa : un calvaire. Plus de deux mois de démarche depuis Bucarest (là où je résidais à l?époque). Il faut remplir un dossier monstrueux (qui transitera par Téhéran), avec ses motivations, les lieux que l?on va visiter, et, le plus dure, donner le nom d?un contact sur place (à ne pas faire à la légère, car en cas de pépin, c?est lui qui trinque). Finalement, nous avons pu obtenir un visa de 30 jours au dernier moment, car nous avions réussi à entrer en contact et sympathiser avec le fils du consul. Mais en France, le visa habituellement délivré est de 20 jours, avec nuits d?hôtels prépayées pour s?assurer que le touriste respecte bien son parcours prévu. Heureusement, nous n?avons pas eu à subir ce type de contraintes.
-le climat. Difficilement supportable au mois de juillet, et notamment sur le golfe persique où les 40 degrés habituels de l?Iran se joignent aux 60 % d?humidité du lieu. Vraiment invivable. Heureusement, les anciens font bien les choses, et la plupart des villes intéressantes se trouvent à plus de 1000 m d?altitude. Ca reste chaud, mais supportable.
-l?alcool. Pas d?alcool pendant un mois après une année de murge, pas facile?
-la bouffe. globalement infecte et avec un plat unique. Le kebab du coin de votre rue est en comparaison un 3 étoiles. quelques exceptions malgré tout, les poissons de la Caspienne sont succulents.
Voila pour le pré-voyage théorique. Maintenant, puisque je m?aime, je vais parler du mien et de mon voyage à moi, rien qu?à moi.
L'année dernière, je me trouvais donc à Bucarest, en année Erasmus, plutôt peinarde, pour tout dire. Afin de clore cette parenthèse estudiantine folichonne en apothéose, je n?ai rien trouvé de mieux que d?aller faire un petit tour chez les barbus et les dark vadors (observez bien la tenue des femmes iraniennes, la ressemblance est stupéfiante).
Alors, pourquoi l?Iran, quand on se trouve déjà loin de l?hexagone, et qu?il y a tant à voir en Roumanie et autours, me direz vous ? Parce que, année glandouille oblige, après la Hongrie, la Serbie, la Macédoine, la Bulgarie, la Moldavie, l?Ukraine et bien entendu, la Roumanie, il était tant de changer de culture. Et de patriarches higoumènes barbus en mollahs fondamentalistes pilositement identiques, l?envie de traverser le Bosphore me chatouillait l?encéphale. De plus, après ouverture de l?atlas, il apparaissait que seulement 2 pays étaient à traverser pour atteindre le cauchemar de l?alcoolisme (Bulgarie, Turquie), et que, cerise sur le gâteau, il existe un train quotidien direct de Bucarest à Istanbul et un train hebdomadaire direct d?Istanbul à Téhéran. Si, si.
Alors zou, c?est parti, une petite cuite jusqu?à l?aube pour clore en beauté cette année éthylée, un réveil qui sonne dans le vent et un train pour Istanbul qui a eu la bonne idée de partir à la roumaine, c'est-à-dire avec une heure de retard. C?eut été fâcheux de le manquer, car le lendemain nous arrivions à Istanbul où le soir même nous devions prendre le train pour Téhéran. Et, je le répète pour ceux qui lisent en diagonale, ce train ne circule qu?une fois par semaine.
Pas de grosse surprise, le train n?a que 7 heures de retard à l?arrivée à Istanbul (l?avantage, c?est que ça fait relativiser les retards d?un quart d?heures de la SNCF) mais n?entrave pas notre changement de train. Passage du Bosphore en bateau face au soleil couchant et nous voila en Asie, dans un train, en première classe (pas le choix, y?a que celle là), partis pour affronter les 70 h (j?ai bien dit 70 h, c?est ça, 3 jours de train) qui nous séparent de Téhéran.
Quand bien même l?Iran aurait l?intérêt touristique de la Moldavie, c'est-à-dire assez relatif, ce voyage se justifierait malgré tout, car, de canyons en steppes inhabités, d?un Euphrate tumultueux aux cimes enneigées dépassant les 4000 m, d?un lac qui est une mer à l?aridité ciselée de montagnes ancestrales ce trajet est une merveille une fascination en vision panoramique, à savourer au restaurant du train en sirotant un raki un bon livre à la main.
Le voyage s?effectue en réalité en 2 parties, car, aux confins de la Turquie existe une mer intérieure entourée de montagnes abruptes, appelée le lac de Van. Le train turc en fait son terminus. Les wagons de marchandise sont chargés sur le même bateau que les passagers, et sous le soleil couchant, à 2000 m d?altitude, l?embarcation vous emmène en 6 h de l?autre coté du lac où le train iranien vous attend (en l?occurrence, c?est plutôt nous qui l?avons attendu, à peine 3 petites heures). On y raccroche les wagons embarqués, et c?est parti pour le dernier tronçon, avec un petit contrôle de passeport et de visa au milieu. Je signale au passage, que de la dizaine de pays que j?ai visité lors de mon année Erasmus, la Turquie est de loin le plus casse burnes, c?est le seul où on est forcé de sortir du train pour aller se faire tamponner par le douanier, c?est le seul où (c?était au retour), on a droit à un contrôle sanitaire et c?est également le seul où j?ai vu un militaire frapper notre chauffeur de bus. A coté, les douaniers iraniens sont des bisounours et, lorsqu?ils nous ont contrôlé dans le train à 3 h du mat?, ils ont bien pris soin de ne pas nous réveiller de trop. Nous qui espérions secrètement la fouille anale, nous sommes tombés de haut.
Descente du train à Tabriz, en Azerbaïdjan iranien.
A partir de là, nous sommes allés de merveille en merveille. Tabriz, où se trouve le plus grand bazar du monde, le charmant village troglodyte de Kandovan, Téhéran, la vibrante capitale de ce pays dynamique, le mont Tochal, au dessus de la ville, où nous avons touché la neige en plein mois de juillet, Kashan, la cité des mille et une nuits où il est aussi aisé de se promener sur les toits que de se perdre dans le lacis des ruelles ceintes de murs de terres et de coupoles en torchis, Esfahan, la merveille de l?Iran où la beauté et la finesse des mosquées rabaissent nos cathédrales à des esquisses architecturales, Shiraz et ses jardins, Persepolis, la capitale fantome, Bandar Abbas et les îles de Qeshm et d?Ormuz où le soleil écrase des terres désertes et des villages endormis dans lesquelles sont fabriqués les derniers dhows , ces embarcation de bois sillonnant l?océan indien, Yazd la féerique, l?antique ville où subsistent les derniers zoroastrien, la plus ancienne religion encore pratiquée, Mashhad, la ville sainte du chiisme, en construction perpétuelle, où est vénérée enfouie sous une meringue de mosquée l?imam Riza, uniquement visible à la vue des musulmans, Bandar ei Torkeimann, au bord de la Caspienne, enserré dans des forêts denses et verdoyantes, qui font oublier l?aridité du reste du pays, et enfin Téhéran à nouveau.
Et au milieu de tout cela, une multitude de petits villages aussi beaux que différents et des gens accueillants comme je n?aurais jamais pu l?imaginer. Des gens qui ne possèdent pas grand-chose et qui offrent gîte et couvert sans aucune autre rétribution qu?un sourire et une discussion.
L?Iran est une perle, il faut le visiter.
Excusez le ton trop lyrique, la quantité de photos et le texte trop long, mais ce pays le mérite, et je n?en ai pas vu la moitié.
PS: merci à Morwenn, mon compagnon de voyage, qui à réussi à me supporter pendant un mois. chapeau.
Les images parlent mieux que les mots :
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