Le ''Locals-Only'' est un héritage du surf: autrefois, le ''Surf-Spirit'' représentait un style, un mode de vie; les temps ont malheureusement changé, et l' engouement pour ce sport a provoqué une augmentation excessive du nombre de pratiquants, ce qui a entraîné une bataille pour se disputer les spots.
Les panneaux ont fleuri sur les plages , et les ''locaux'' ne voulant plus partager leurs vagues, ont jugé bénéficier d' un droit, les autorisant même à faire preuve de violence physique pour interdire l' accès aux ''non-locaux''.

Aujourd'hui, ce mauvais esprit se développe également en montagne, où il n' est pas rare d' assister à des
scènes de ce type.

Ecoutons l' édifiant témoignage de Léon, victime du ''Locals-Only'' :
'' L' autre jour, sur le chemin d' accès d' un de mes couloirs préférés, je croise un de mes potes:
-Avzadon, l' René! Comment qu' tu vas?
- Arrière! Le chemin est barré : ils ont mis des barbelés; on a réussi à passer dessous, mais un peu plus loin le terrain est miné! De plus un genre de vigile m' a même menacé d' un bourre-pif: '' Et Ducon ! T' as pas vu le panneau ! ''Locals-Only'', tu sais pas lire?'' Qu' y m' a dit''. Les deux compères ont dû rebrousser chemin et se rabattre sur le snowpark; ils venaient de découvrir l' égoïste et triste concept du ''Locals-only''....

Depuis quelques années, la situation se dégrade gravement: au départ, les rivalités ne s' exprimaient
qu' au moyen d' insultes dont le caractère ordurier ne fît que de s' accentuer, puis sont apparus gestes obscènes
( bras d 'honneur, voire doigt ! ), et maintenant les intimidations et violences physiques sont devenues monnaie courante. Dans certains secteurs, les locaux ont même protégé l' accès à certains sites au moyen de panneaux menaçants, barbelés, mines?

Le problème est que lorsque la ''gross' poudre'' est là, le glisseur de base perd toute raison, rien ne l' arrête, et l' effet dissuasif escompté par les locaux devient nul: '' Avant, les mecs de la vallée, y savaient qu' y fallait pas trop qu' ys' pointent sur notre secteur; maintenant, ils sont tellement à fond, que dès qu' ya la gross'poudre, ils débarquent tous, ça craint vraiment... Ce n' était plus possible, il a bien fallu s' organiser, agir... On ne pouvait plus se laisser piller...'' argumente JP Dusse, fervent militant du Locals-Only.

Difficile de prendre parti: le comportement égoïste de ce ''local'' vivant chichement au coeur du difficile milieu montagnard, et qui, après des semaines d' attente, quand enfin les conditions sont bonnes, se fait dropper son spot par un arrivant de la vallée, ne mérite-t-il pas un peu d' indulgence? Et pourquoi ce citadin, harassé par la vie urbaine, après des jours et des jours de labeur quotidien, n' aurait-t-il pas le droit de partager un peu de neige fraîche ?

Pour l' instant, chacun campe sur ses positions, et il ne reste plus qu' à espérer que les tensions réussiront à s' apaiser, afin que tout le monde puisse continuer à profiter pleinement de nos glissants reliefs?.