Le village semble être figé par le temps, même en été quand le four à pain réchauffe le c?ur des habitants, même en été quand le rire des enfants qui jouent autour de la chapelle s?élève dans les montagnes, la visite du village est un voyage dans le passé, pas d?échoppes à touristes, pas de baraques à frites, rien qu?un vieux village posé là, dans une prairie verdoyante entourée de montagnes de caractère et bercé par le doux murmure de la cascade.


Du 15 novembre au printemps la route qui mène au hameau n?est plus entretenue elle sera bientôt recouverte par la neige, les chutes de pierres et les dépôts d?avalanche. Nous avons de la chance qu?en ce premier décembre les lacets au fond de ce vallon encaissé soient praticables et après avoir traversé la Bonne plusieurs fois sur de petits ponts verglacés la route étroite nous conduit à l?entré du village.
Il est complètement désert, la dernière personne à vivre ici en permanence est décédée dans les années soixante, emportant avec elle un mode de vie dont plus personne ne pourrait s?accommoder, chaque résidant a pris soin avant de partir de calfeutrer les fenêtres puis il a également placé devant sa porte une planche de bois pour faire barrage à cette neige qui va tenter de s?engouffrer partout les soirs de tempête, puis il a tourné les talons certainement avec un pincement au c?ur, rendant le village en pâture, le temps d?un hiver, aux chamois, bouquetins et autres créatures des sommets qui viennent y trouver refuge, pensant déjà au prochain printemps à cette large prairie couverte de fleurs qui baignera dans un soleil généreux.

Pour l?heure le givre est venu tout recouvrir aidé en cette saison par le soleil qui ne parvient qu?à effleurer les toitures quelques minutes par jours, il règne ici un silence quasi religieux, les seuls sons que l?on peut entendre sont ceux de la nature, le clapotis des fontaines, le vent dans les branches, les feuilles mortes qui roulent au sol, ou le cri de l?aigle qui chasse le long des parois?j?ai l?impression d?être dans un monastère, un lieux de culte dédié à la montagne, à la vie vraie, loin des campagnes de communication , du démarchage commercial, loin du chiffre d?affaire que je n?ai pas réalisé ce mois ci, et mes délires utopistes me rattrapent, je me sens bien et plus rien n?a d?importance, l?essentiel est là et un jour je vivrai ici, toute l?année, loin des gaz d?échappements et des horaires à respecter, avec un bon grenier à provisions, quelques chèvres et une cheminée?

Faites le vide, respirez, méditez, rêvez, vous êtes à Valsenestre !