Bonjour à toutes et tous, afin de ne pas trop baver devant toute la neige dont vous vous goinfrer dans les Alpes, pendant que je crève de chaud au Chili, voilà la traduction d'un article, relatant ma dernière saison de ski ici, et qui va être publié dans la revue chilienne Outdoors en Avril...

Né près de Paris, et pas spécialement montagnard par mes racines familiales, j?ai eu la chance grâce à mes parents de connaître le milieu montagnard. Ils s?y sont rendus relativement tard, aux alentours de 25/30 ans, mais toujours accompagnés par mon frère et moi-même. Pratiquant la randonnée en montagne, parfois de plusieurs jours, je me souviens surtout que la classique semaine de ski était très attendue, et que malgré les efforts financiers qu?elle représentait, elle se faisait tous les ans. Bien sûr nous avions la chance d?avoir des amis propriétaires d?un studio aux Ménuires, ce qui nous permettait de nous loger pour pas trop cher, il n?empêche, les forfaits eux n?étaient jamais offerts par la station, mais toujours nos parents nous offraient les précieux sésames : des forfaits 6 jours ! Je mesure aujourd?hui avec plus de recul ce que signifiait pour eux nous emmener skier tous les ans, et je voulais profiter de cette opportunité pour les remercier publiquement. Ils sont le premier chapitre de ma vie de skieur et de montagnard. Grâce à eux, je suis en ce moment, en train de traduire cet article que j?ai envoyé à une revue chilienne, car ils sont la raison initiale pour laquelle je voulais tant connaître les montagnes chiliennes.

Quand, il y a maintenant plus de 4 ans, s?est présentée à moi la possibilité de venir au Chili pour travailler, je n?ai pas hésité plus d?une seconde à profiter de l?opportunité qui m?était offerte de connaître enfin les Andes. Pour un petit français comme moi, avoir la possibilité de réaliser quelques sommets, et bien sûr de skier la neige rêvée de la cordillère, étaient déjà incroyable, mais après deux hivers secs, la saison 2005 allait être pour moi le rêve fait réalité, au-delà du rêve même.

Le rêve, il commence un des premiers jours de juillet 2005, dans la station de La Parva. Je la connaissais relativement bien pour avoir parcouru ses pistes et ses hors-pistes proches durant déjà 4 hivers passés à Santiago. Dès mon premier jour de ski dans le secteur, un couloir très marqué avait attiré mon regard. Bien connu par les amateurs de pentes du secteur, « La Chimenea » arrive sur l?épaule ouest de la Falsa Parva. Par manque de temps et de compagnons durant l?hiver 2001 et 2002 et surtout de neige durant les hivers 2003 et 2004, ce couloir, comme tant d?autre allait rester là à m?attendre. Donc, ce jour de juillet, avec deux amis du club Andino Wechupun, où je m?étais inscrit à la recherche de compagnons, nous allions faire un peu de ski de randonnée dans le secteur de la Parva. Presque par réflexe, la première chose que j?ai regardée en montant était le couloir, avec les chutes de neige des semaines passées, il pouvait être en condition. Et il l?était, mais l?objectif de la journée était tout autre. Le lendemain, nous étions de retour avec Sergío, qui allait m?accompagner à la montée dans le couloir et prendre quelques photos avant de redescendre par une autre pente correspondant plus à son niveau. La journée a été parfaite et je l?ai déjà relaté ici même avec quelques photos (voir mon précédent tout petit article). Arrivé tôt, bon pas si tôt que ça, un dimanche matin, faut pas trop en demandé non plus?J?ai pris ce jour là mes premiers contacts directs, en la personne de Samuel Bahamondes, avec les gérants de la station, qui allaient m?aider durant toute la saison en me facilitant l?accès chaque fois que possible. Nous sommes donc montés par les télésièges, puis descendus un peu en traversée vers « la Chimenea ». Après un peu de bricolage sur des rochers, les skis désormais sur le dos, nous étions au fond du couloir en train de le remonter. Crampons et piolets que nous avions pris au cas où, restèrent au fond du sac, la neige n?étant pas si dur, nous avons rapidement atteint la sortie du couloir. La descente fut très agréable, entre 40 et 45, et bien que toujours prudent, on pouvait même attaquer la pente, trop courte. Les 200 mètres de couloir étaient déjà finit. Définitivement l?année commençait bien.

Quelques semaines plus tard, je suis de retour à la Parva, cette fois avec un objectif un peu plus éloigné, il s?agissait d?un couloir en face du col du Franciscano, de l?autre côté du lac du même nom, « la Canaleta Este ». Arrivé en haut des télésièges, je m?apprête à mettre les peaux pour monter au sommet de La Parva, et elles se déchirent entre mes doigts. Bon c?est sûr elles n?étaient plus très jeunes, mais tout de même, c?était une nouvelle dépenses pour continuer à skier et profiter de la saison. Avec le matériel que j?avais déjà à rajeunir les finances étaient au plus mal. Cette anecdote peut paraître sans intérêt, toutefois ce n?est pas le cas pour moi, car c?est précisément à cet instant que je me suis décidé à chercher des sponsors. Dès lors, la réalisation de ce second couloir résonne aujourd?hui comme un détail de cette sortie, pourtant avec une bonne pente à 40 en neige très cartonnée, et très exposé aux rochers affleurants, ce couloir avait nécessité une grosse concentration et provoqué un flux d?adrénaline assez intense pour ne pas commettre d?erreurs.
Ainsi, aujourd?hui, je peux remercier « le Coq Sportif - Chili » et « LIPPI ». Et bien qu?il me manque toujours du matériel, et en particulier les fameuses peaux, avec leur grand soutien et leur confiance, je peux conter aujourd?hui cette histoire et montrer quelques photos du projet « ski extremo en Chile ».

Avec leur aide et celle de la station de La Parva, j?allais revenir très souvent dans les environs du sommet de La Parva durant cet hiver spectaculaire. Il y a deux couloirs qui furent pour moi source d?une grande satisfaction :

Le premier est la « canaleta de la Cornisa ». Ce fut une sortie presque parfaite, presque parce que rien n?est parfait, bien qu'à cette journée, objectivement, je ne sais pas ce qui peut lui manquer. Accompagné de Rodrigo « tower » Torres et de Sergio « el taxista » Guerino, mes compagnons et photographes officiels de toujours, sous un soleil éclatant toute la journée, dans 20cm de poudre fraîche et légère par-dessus une sous-couche de neige dure, j?ai pu enchaîné le couloir en sautant le corniche de plusieurs mètres qui protège son entrée. En quelques secondes, l?effort des 2h de montée était un lointain souvenir. Bien sûr la pente n?a rien d?extrême (35 degrés), mais avec la corniche et la poudre vierge, cette sortie reste un des grands souvenirs de la saison.
Le second couloir qui mérite je crois quelques mots, est « la Directa » de La Parva. Partant du sommet directement sur le lac, il est droit, large dans la partie du haut puis entre deux piliers vient un morceau très étroit (2/3 mètres) juste avant la sortie. La pente commence tranquillement à 30/35 pour atteindre entre les deux piliers dans sa partie la plus étroite un peu moins de 50. Accompagné pour l?occasion d?un ami français, Nicolas Glade, pour augmenter l?intérêt du couloir, les conditions climatiques ont empiré rapidement. Le soleil qui nous avait accompagné durant toute la montée de cette journée d?octobre, a disparu derrière un très profond brouillard en quelques minutes. La visibilité durant toute la descente n?a jamais dépassé les 10 mètres, et dans la partie la plus difficile, je voyais à peine mes planches. Mais les 50cm de profonde, très anormal à cette époque de l?année, ont rapidement fait oublié le climat, et la descente fut un plaisir très spécial : attaquer dans de la grosse poudre, dans de la pente, en octobre et au Chili, que peut-on demander de plus pour être heureux ?

Il me reste à conter la partie la plus agréable de cette saison. Ce couloir, je l?avais découvert par hasard l?hiver antérieur, alors que je faisais une balade en raquette dans le secteur Shangri-La. Cette vallée atteint une station de ski en ruine et se trouve à quelques kilomètres du fameux complexe « las Termas de Chillan », où j?ai pris l?habitude d?aller avec ma famille au moins une fois par an, en me logeant chez mon ami Vicente Ruiz dans un de ces superbes petits chalets en bois (voir http://www.ayunkoyam.cl ). Sur une des faces d?une montagne sans nom, à relativement basse altitude, l?ambiance de ce couloir est glaciale. En forme de S, touché par le soleil tôt, la neige devient instable dès la fin de matinée (10-11h), entraînant avec elle des chutes de pierres et de morceaux de glaces. Balayé par des avalanches, la partie du bas est toujours remplie de décombres. Sa longueur approximative est de 400/500m et la pente, comme j?allais pouvoir le confirmer un an plus tard, je l?avais estimé ce jour là à 35/40 dans son premier tiers, 45 au milieu et dépassant les 50 à la sortie. Par ailleurs la présence de roches affleurantes sous la neige et son caractère très encaissée rendait la chose très intéressante. Enfin et pour couronner le tout, après quelque recherches, l?intuition que cela allait être une première se confirmait, personne n?avait jamais gravi ce couloir, et encore moins tenté de le skier.
En août 2005, je suis donc de retour vers « las termas de Chillan » avec mon couloir en tête. Afin d?étudier la neige et une voie d?accès dans la forêt et pour traverser le torrent à son pied, nous organisons avec Rogrigo et Paulo Melivelu une reconnaissance. Nous avons pu sans soucis réaliser la première partie, et trouver un passage pour descendre vers le torrent depuis la forêt à l?aide d?un court rappel pour le jour de l?attaque. Tout semblait en condition, la neige était dure mais skiable, crampons et piolets techniques en plus des casques et de tout le matériel nécessaire à la progression sur glace indispensable. Nous avons du attendre quelques jours de mauvais temps, et un radoucissement peu sympathique pour tenter le couloir. Finalement, tôt le matin, mais finalement pas suffisamment tôt, compte tenu du radoucissement, nous sommes partis vers Shangri-La. Accompagné par Vicente et un ami français, Fabrice Jaillet, bien encordé derrière moi, nous avons perdu trop de temps dans la forêt et le rappel. Il était déjà 9h quand nous avons attaqué le couloir. Trop tard pour la sortir en entier. À a peine 20 mètres sous le sommet, un dernier caillou percutant mon casque fut le signe du retour. Fabrice, pour sa première sortie, ne se sentait pas à l?aise pour descendre la première pente, nous avons donc installé une corde pour descendre les premiers mètres. Un peu plus à l?aise, je l?ai ensuite laissé descendre en crampons avec Vicente et beaucoup de précaution. Je me suis fait une petite terrasse pour pouvoir chausser mes planches et serrer les pompes. Dans cette situation pas forcément confortable, au milieu du couloir et au dessus de 300m de pentes entre 45 et 50, je me sentais bien, nerveux, mais bien. J?ai lentement sortie les planches du sacs, ranger les pioches et les crampons, et me suis préparé à la descente. Le premier virage a toujours ce petit côté particulier qui le rend si excitant, les muscles ne répondent pas forcément, la neige pas nécessairement comme on l'a prévu, bref, j?ai fait ce virage et commencé à descendre; au bout de quelques instants, je me suis surpris attaquant le couloir : le pied ! Après avoir traversé les restes des avalanches dans le bas du couloir, j?ai senti une grande satisfaction, j?ai attendu mes compagnons. Forcément, en ski, on a un grand avantage sur les piétons : on se repose plus ! Bien sûr, il nous a manqué quelques mètres pour sortir le couloir, et la descente n?a pas été intégrale, mais il est toujours là et avec un peu de chance, l?an prochain, je pourrais terminer cette « Fabrica » comme l'a baptisée Vicente.

Remerciements:
Je voulais remercier les membres du club Andino Wechupun, Rodrigo Torres et Sergio Guerino pour m?avoir initié à l?andinisme et accompagné lors de nos sorties, je compte sur vous pour la suite, Marek Bucki et surtout Nicolas Glade et Fabrice Jaillet pour le soutien moral et physique en plus des prises de vue que je vous ai imposé lors de nos ascensions.
LIPPI pour les vêtements et le masque de haute montagne et Le Coq Sportif ? Chili pour le casque de freeride. ( http://www.lippi.cl ).
La station de ski de La Parva et en particulier, Samuel Bahamondes, Tomas Morales, Oscar Maturana, Ignacío Elordi et Fernando Habash pour l?aide logistique ( http://www.laparva.cl ).
« Las cabañas Ayunkoyam » pour le logement sur le chemin de las termas de Chillan. ( http://www.ayunkoyam.cl )
Et en fin, Claudia pour son amour et son soutien moral et technique pour le design du projet qui m?a permis d?obtenir des sponsors, et surtout pour sa compréhension quand elle me voit disparaître des jours entiers pour aller faire du ski

Il y a quelques fotos de plus sur mon site :
http://www.cmm.uchile.cl/~fchassat et un nouveau mail pour me joindre au cas où vous passeriez par Chile : fabrice.chassat@laposte.net

Have fun !

Fab.