Bienvenue dans la twilight zone. Ou comment faire d'une journée normale un florilège de situations cocasses.

Tout d'abord, il faut avouer que ce pic a une forme particulière. Il est assez isolé par rapport aux massifs alentours, il attire le regard et de loin. Sa forme originale lui donne un air mystique voire agressif mais attachant. On a envie de le photographier sous tous ses angles tellement les variations topographiques sont nombreuses.

Il me fait penser à Devil Tower dans la Rencontre du 3ème type. J'ai lu quelque part qu'il avait des origines volcaniques. Loin de moi de détenir la vérité en géologie mais j'ai pas vu grand chose au niveau des pierres (excepté la forme du pic) qui pouvait laisser penser à un ancien volcan. Sauf peut être cette Grande Raillère de Pombie ‘verte'. De loin cela ressemble à de l'olivine, de près aussi... J'en ai ramené un bout, on va comparer sur un bouquin.

Ce matin, les nuages étaient plus fainéants que le soleil, ils ne s'étaient encore pas levés alors qu'il était bien 8H. D'ailleurs, ils ont continué la grasse matinée jusqu'à 10/11H.
C'est donc dans un froid assez glacial (6°C) et dans la brume que la randonnée a débuté. Fallait sortir bonnet, gants et veste. Ca promet d'être facile à ranger quand il fera plus chaud plus tard dans la journée. D'autant plus que Météo France avait promis une amélioration en journée...

Ce qui est particulier quand on progresse à l'aveuglette c'est que l'on peut facilement se perdre d'autant plus qu'il n'y a réellement aucun repère pour s'orienter y compris avec une boussole. (peut être avec un altimètre, sûrement avec un GPS). C'est dans ces conditions délicates que l'on ne regrette pas la renommée du pic comme étant l'autoroute dominicale des randonneurs de la région. Pour ça y avait du monde bavard à la montée, du coup, il n'y avait qu'à suivre les voix... C'était un peu bizarre comme ambiance, on n'y voyait rien à 5 mètres mais on entendait tout.

Dans le derniers mètres avant le Col de Soum de Pombie les nuages commençaient à se lacérer et lever le rideau. Ils laissaient apparaître au fond le massif de l'Aneou éclairé par les premiers rayons du soleil. Cela donnait un paysage surréaliste et suscitait une vive émotion chez les randonneurs. C'est simple, tout le monde s'arrêtait pour photographier la scène éphémère entre 2 écharpes de nuages.

L'Ossau en impose avec ses 2 pics. Planté là massif, il montre d'abord son sommet ce matin embrumé puis dévoile ses parois verticales au fur et à mesure que l'on s'approche depuis le Col. C'est au détour d'une crête qu'il prend toute son ampleur. Massif et impressionnant, il inspire le respect et la prudence. L'a pas l'air commode le gars... même de loin.

Dépassé la Grande Raillère en direction du pic Saoubiste puis une pente régulière avant la première cheminée, c'est une procession interminable de randonneurs qui se dirige et se prépare pour l'ascension.

Deuxième scène invraisemblable, c'est le nombre de personnes qui s'accumule au pied de la première cheminée. Entre ceux encordés et casqués au milieu d'une foule indisciplinée qui monte n'importe comment sans rappel, c'est le capharnaüm des grands jours. On se croyait à l'approche d'un péage un jour d'été de chassé-croisé entre les juilletistes et les aoûtistes. C'est un peu déconcertant pour celui qui recherche avant tout la tranquillité et la simplicité de la nature dans le cadre de ses randonnées...

Discrètement un groupe de 5 personnes tente une alternative en allant à droite de la plaque d'étain pour suivre un passage parallèle à la cheminée. Largement sur le côté et caché dans un enfoncement de la paroi, il fallait connaître. En tout cas c'était le groupe à suivre car même si le passage était délicat, il nous a évité bien 45 minutes d'attente frustrante.

Ensuite, il faut jouer des pieds et des mains dans la montée pour continuer le chemin. Le parcours est facile, la pente est raisonnable, c'est une partie de plaisir.

Arrive ensuite cette deuxième cheminée... comment dire... elle est plus longue que la première, les prises semblent réduites au premier abord. Mais quand on voit avec quelle facilité les gens progressent - sans corde - on se dit que malheureusement la voie est là. L'erreur est ici interdite d'autant plus sans corde sinon grosse et lourde chute. Une fois dans la cheminée (par la droite) poussé par ceux de derrière, la montée se fait finalement sans trop de peine. On croise une cordée, la descente promet d'être intéressante.

La suite est tout aussi cocasse car à ce stade, l'Ossau grouille de possibilités pour continuer jusqu'au sommet. C'est facile, y a qu'à suivre les nombreux cairns. Cela relève tout de même plutôt de l'improvisation car on aura jamais vu cette fameuse troisième cheminée, encore moins la croix du portillon. C'est bien plus haut qu'on s'apercevra être allé trop à droite. Mais le détour en valait la chandelle.

Le sommet ensuite n'est plus qu'une formalité après tout le reste. En haut, le panorama est à la hauteur de la célébrité de l'Ossau. Un vent glacial refroidit le plaisir mais c'est un régal pour les yeux, la forme pointue du sommet ne bouchant en rien le paysage.

La descente donc. Je crois que c'est à ce moment qu'il faut laisser son cerveau tout en bas (enfin pour ma part) car quand on réalise à quel point la descente est dangereuse, on finit crispé. Non pas par le vertige mais par cette réelle impression qu'un faux pas peut induire de lourdes conséquences. La descente se fait sans trop de peine jusqu'à la cheminée du milieu.

Et là on se dit que finalement la montée était stupide car maintenant il faut la descendre. Quand on arrête de psychoter, on réalise que finalement les prises sont nombreuses pour peu que l'on s'assure de leur solidité avant de s'engager dans le vide. L'avant dernière situation insolite c'est ce groupe d'espagnols qui descendait en même temps que moi en rappel. On peut dire que dans un tel endroit ce sont eux qui ont raison et le plouc sans corde qui a tort... C'était même marrant car ils prenaient des poses au milieu de la cheminée pour se faire prendre en photo alors qu'il y avait un tordu en train de baliser à mort juste à côté d'eux. D'ailleurs la femme du groupe disait ‘mira el muchacho' (il va bien tomber ce con non ?)

Enfin bref, heureux d'être en bas, y en a plus qu'une avant la délivrance et retrouver le plancher des vaches moins vertical.
Mais au fait ? quelle dernière cheminée puisque je suis descendu par où j'étais monté...

Un peu avant le refuge, c'est abasourdit que j'entends le bruit surgissant de l'Ossau causé par le vacarme d'une chute (avalanche ?) de pierres. Le son est saisissant car c'est là qu'on se dit qu'un casque c'est finalement pas de trop...

Enfin retour tranquille jusqu'au parking après 8 heures de randonnée.