Le jeudi, un jour magique réservé à un nombre restreint d'initiés : tellement restreint d'ailleurs, qu'au début il n'y en avait qu'un : votre serviteur.

Puis, petit à petit, au bout de trois ans de pérégrinations skipassiennes, faites de traits d'humour, de vantardises, de messages d'amours postés dans la rubrique '' En direct/Vos sorties '', le tout suivi de rendez-vous glauques dans des bars enfumés à causer de tartiflettes, de largeurs au patin et de l'utilité du casque, la mayonnaise a pris.
Depuis, le jeudi, nous les initiés, nous skions. Et oui, pendant que les étudiants étudient, que les travailleurs travaillent, que les RTTistes bretons pêchent le bar, que les marseillais boivent le pastis ( Mmm, un bar grillé à l'anis?) et que G. conduit sa Porsche 997 de bars branchés en bar branchés, nous, nous skions.

Juste un petit exemple avec la journée du premier février :

Le réveil sonne, à 6h00, pensant à tort nous punir de nos agapes de la veille, et nous rappelant à notre condition d'esclave assujetti au temps qui passe.
C'est le premier bonheur de la journée, se lever, regarder l'heure et sourire, embrasser ma Dame, petit-déjeuner et charger la voiture avec une paire de ski soigneusement sélectionnée sur le rack en fonction des centaines d'informations contradictoires lues et relues sur le site.

Aparté : suite à l'entrée en vigueur de la nouvelle législation, je ne préciserai jamais au cours de ce récit que j'ai fumé ou même simplement pensé à fumé une cigarette.

Moteur, et je suis parti pour quarante minutes théoriques de route, direction le checkpoint n°1 où m'attendent, avec l'impatience de la jeunesse pour l'un et la rigidité d'un chewing-gum pour l'autre, peufpeuf74 et sa paire de karma. Saloperie de théorie, elle ne tient aucun compte des autres, ces abrutis qui ne savent pas piloter leurs engins et qui jouent à s'encastrer ensemble sous les tunnels : la sexualité automobile m'emmerde et surtout elle me met en retard, j'arrive un quart d'heure après l'heure prévue. L' air contrit, j'imagine les pensées de peufpeuf74, centrées sur l'incapacité des vieux à tenir leurs engagements auprès des générations futures.

En souvenir de Sid Vicious, des Clash et du slogan ''NO FUTURE'', je brave tous les interdits, au mépris de ma propre vie en empruntant l'autoroute qui mène à Chamonix à la vive allure de 150 kilomètres à l'heure, conscient de passer ainsi du côté sombre de la force, mais bon un quart d'heure à rattraper, je n'avais pas le choix, Monsieur le Procureur.

Arrivés sur le parking des Grands-Montêts, nous prenons nos forfaits ''unlimited'' sans que personne ne nous précède aux caisses. Hélas, ce maudit quart d'heure se rappelle à notre souvenir et scandaleusement, nous devons nous contenter de la deuxième benne, remplie de messieurs et dames en tenue rouge de L'E.S.F ; c'est bon signe, en général ceux-ci se dirige au début vers les cabines de Bochard.
Descente à Lognan et nous partons directement dans le dédale d'aluminium qui zigzague jusqu'au quai de la benne des Grands, benne dans laquelle nous nous engouffrons sans avoir marqué le moindre temps d'arrêt, un pur miracle : Ceux qui pratiquent cette benne le dimanche vers 11h00 ne croiront pas un mot de cette anecdote.
C'est parti : En haut, le soleil nous accueille et comme souvent, un petit vent frais nous accompagne tandis que nous dévalons les escaliers : Ils ont mis des filets, on ne peut plus chausser à la terrasse, encore quelques étrangers et ils installeront un télésiège pour descendre!
Russes et anglais immortalisent la Verte, les Drus et le Mont-Blanc qui fait le beau sous l'astre jaune; et oui, le jeudi, il fait souvent beau.

Nous attaquons le glacier direction Argentière et malgré la carence de précipitation cette année, celui-ci est bien bouché : sans doute par des accumulations dues au vent.
Nous passons le Rognon par la droite à mach 10, visons la petite crête dans l'axe à mach 11, que nous attaquons par la gauche pour tomber sur un de ces merveilleux couloirs plein de cailloux et de blocs de glace luisante de bleu, que nous dévalons à mach 12 tels des cabris à la poursuite de leurs congénères femelles.
Les cuisses ne nous font même pas mal et pas un instant je ne songe à arrêter de fumer au moment où nous nous laissons glisser sur le plat du glacier pour rejoindre le chaos de séracs qui marque l'endroit où nous rejoignons la piste.
Nous glissons gentiment jusqu'à Lognan, la neige est douce, l'air est pur : c'est jeudi.

Re-labyrinthe et re-benne, à peine 3 minutes d'attente et c'est reparti pour le bonheur.
Cette fois, nous prenons la face au ras de la roche, pour rejoindre par le glacier l'arrivée de la Herse : le haut est raide et légèrement bosselé mais la neige douce comme un pull irlandais lavée avec Mir laine nous fait tout pardonner, puis la pente s'adoucit et nous pouvons lâcher les watts jusqu'à rejoindre la noire bosselée, à la neige moins accueillante, mais nous nous en moquons, c'est jeudi, et puis avant de vouloir être Michaud, je voulais être Grospiron, alors nous assumons et nous nous laissons glisser entre ces seins de neige jusqu'au bar pour y prendre un petit café rassérénant. Il est 10h30.

Direction la benne à nouveau, et là, la machine de guerre commerciale chamoniarde se met en branle. Nous mettons 45 minutes pour arriver sur le quai, avançant par paquets au rythme lent des places disponibles une fois les personnes de la file réservation enfournée : nous décidons d'aller réserver dès notre descente achevée.
Nous reprenons l'itinéraire du matin, attiré par le glacier d'Argentière, comme Kate Moss l'est par la coke. C'est toujours aussi bon, peut-être même meilleur et fidèles à notre promesse nous bookons la benne 33 : incroyable, il n'y a personne dans la station et les premières réservations libres sont pour 14h35.

Un petit message nous apporte la bonne nouvelle, MtSaX nous rejoindra à 13h30.
En l'attendant, nous allons finir, par deux fois, l'échauffement sur la Pendant, pas vraiment dans la combe mais plutôt sur le dôme parsemés de cailloux si ludiques.
Il est temps de faire la petite pause sandwich et bien évidemment je continue à ne pas penser aux cigarettes que j'ai volontairement laissées dans la voiture.

MtSax_Rider nous rejoint avec ses Pro, sa veste rouge et sa bonne humeur, il sort du boulot mais il a préféré venir partager quelques dénivelés avec nous plutôt que d'aller se coucher. C'est la magie du jeudi : tu n'as jamais sommeil.
Nous décidons d'abandonner les réservations, MtSaX et on le comprend, n'ayant pas jugé bon de se faire escroquer ses euros gagnés de nuit, pour une demi-journée.
C'est reparti pour une tournée de Bochard-Pendant : chacun mettra la sienne et le patron itou, soit quatre belles nouvelles descentes avec quelques stops pour faire des images.
Peufpeuf74 fera de son propre chef, le sacrifice rituel du jeudi, en vue de s'attirer les grâces des muses du jeudi; Il invente pour cela une figure que les plus grands du freestyle ne tarderont pas à reprendre : le VT dorsal slide (Attention, si tu es jeune, n'essaye pas de reproduire ce geste : Seule l'expérience permet de s'y lancer sans risques majeurs).
La grande bière en terrasse, le cul sur un transat, une cigarette volée à une touriste, la Pierre à Ric qui coule comme une fin de jeudi sous nos semelles et le parking est là.
Demain, c'est vendredi, un sale jour.

Merci à tous les skipasseurs qui, un jeudi par-ci, par-là ont partagé avec moi leur joie de la glisse.

Les photos ci-dessous sont de MtSaX ( sauf quand il est dessus, bien sûr ! )