Dans toute la vallée, il était connu comme le loup blanc : Certains ne juraient que par lui, ils allaient même jusqu?à le considérer comme un messie ; d?autres criaient au scandale : Ils réfutaient toutes les anecdotes à son sujet, les disaient enjolivées voire inventées. Comme tout homme avec des capacités différentes ? supérieures ? ? à celles du commun des mortels, ses actes étaient étudiés, disséqués, discutés.
De ce brouhaha, il ne sortait qu?une confusion de rêves, de haines, d?exagérations et de réalités ; curieusement, cette mixture prenait une forme inattendue, elle intégrait une logique, comme un sens caché, et au final, ce qui n?aurait du être qu?un fatras de racontars devint une légende :
Ce n'était qu'un homme, mais pas n'importe lequel : C'était L?homme qui ''savait'' la Montagne.
Et c?est une histoire qui a commencé il y a fort longtemps?

Près de 4000 ans avant J.C., les peuplades du Nord qui subissaient les contraintes météorologiques que leur imposaient les territoires où ils survivaient, commencèrent à chausser leurs pieds d?un étrange matériel. Grâce à celui-ci, deux planches de bois de longueur et de largeur variables, leur mobilité sur les vastes étendues blanches qui les cernaient s?accrût de façon significative.
Comme toute invention utile à l?humanité, celle-ci fût rapidement récupérée à des fins militaires, Gustave Vasa leur dut même d?être devenu Roi de Suède au terme d?un soulèvement ? d?un glissement ? - populaire. Six mille ans plus tard, le dix-neuvième siècle et les légions sont toujours là, à transformer les humanités, à remanier les frontières et les géographies. Conflits et soldats ont traversé les siècles sans les épargner, et ces deux planches de bois, restées dans leur paquetage et s'y sont faites un nom : les skis.
A ce moment là, quelques hommes, oisifs de naissance et avides de sensations par atavisme, transformèrent les pratiques guerrières. Ils les extirpèrent du contexte militaire et ils les transformèrent en jeux, pales simulacres de leurs combats ancestraux : l?escrime, la lutte, la boxe le lancer de javelot, la liste est longue et ne serait être exhaustive.
Les méthodes de déplacement, fondement de toutes les batailles, de toutes les invasions, n?y échappèrent pas et dans la liste de ces ''divertissements'', le saut, la marche et la course à pied prirent également leur place dans les compétitions qu'ils s'imposaient,. Leur appétence, exacerbée par leur orgueil, les entraîna alors vers les régions montagneuses du centre du continent, où leurs défis acquirent de nouvelles composantes : l'inconnu et le danger.
En sus d'exiger de soi le meilleur de ses qualités physiques, la conquête des sommets promettait à ceux qui s'y risquaient le frisson de l'imprévisible : nul n'était certain de passer au travers des colères naturelles qui semblaient être plus puissantes à chaque mètre gravi. Riant de leurs efforts, La Montagne tuait encore et encore : les néophytes et les chevronnés, les dilettantes et les professionnels, les modestes et les fiers-à-bras, les touristes et les payses, aucun ne fût épargné. Tels les antiques chamans des toundras, ils guettèrent les manifestations des montagnes pour essayer d'éclaircir leurs avenirs : Nuages sur les pics, brumes au couchant, sifflement du vent, couleur des ciels, observations et analyses des catastrophes, ils apprirent et peut-être même crurent-ils savoir.

A force de s'escrimer pour s'élever, quelques survivants finirent par se retourner et émerveillés par les déclivités qui s'offraient à leurs vues, ils se remémorèrent ces engins de glisse dont ils avaient entendu parler.
Sur les terres de leurs origines les skis n'étaient tout simplement que des chaussures à neige ; ils permettaient d'avancer rapidement sur des terrains peu accidentés. En devenant Le Ski, ils descendirent de Telemark, au Nord et aux neiges quasi éternelles, vers les contrées alpines où les attendaient, ivres de sensations et de gloire, nos nobliaux désoeuvrés.
Une différence colossale, une révélation les attendait : la pente. Désormais rien ne serait plus pareil ; et l'engrenage se mit alors en branle?
Les skieurs commencèrent à apprivoiser ces déclivités ; ils en cherchèrent et en trouvèrent de plus en plus raides, de plus en plus enneigées. Ils s'observèrent, glissant, du coin de l'?il, se comparèrent puis afin de se mesurer entre eux, ils édictèrent des règles, découpèrent le ski en tranche : ski de fond, saut, ski de vitesse, slalom.
Afin que tout cela soit juste et bon, ils formatèrent leurs terrains de jeux et inventèrent les pistes : Des espaces de glisse dessinés à flanc de montagnes, illusions d'aires de liberté. Ils ouvrirent la boite de Pandore...




Le reste de l'histoire va suivre en deux ou trois parties qui sont loin d'être achevées.

Un grand merci à : www.skistory.com pour la richesse de ses renseignements et pour l'emprunt des illustrations, qui je pense doivent être libre de droits.

Ben non, elles ne l'étaient pas, vous verrez donc les petits dessins sur le site ci-dessus qui mérite votre visite.