Une «première» c?est toujours spécial.  Pour la performance. Pour l?émotion. Pour?

Faut que je prévienne, l??histoire de cette «première» est très personnelle. Pour comprendre ce qu?elle représente, il faut remonter à l?hiver 1979-1980 et mes débuts sur les skis. J?avais 2 ans et demi et ma mère me faisait découvrir sa passion. La suite est logique : des journées entières sur les lattes dans les Préalpes fribourgeoises, aux Portes du Soleil et à Verbier.

Mais en 1988 tout change. Un bonheur d?abord avec la naissance de ma petite s?ur, mais aussi un drame. Laetitia, c?est son nom, est spina bifida. Comme la fille de la championne de ski Maria Walliser, sa colonne n?est pas terminée au niveau de la cinquième vertèbre lombaire. Le verdict est sans appel : ma s?ur est paraplégique, sans parler d?autres complications. La vie de famille se transforme et ma mère met le ski entre parenthèse. Moi, je me prends en main pour pouvoir continuer. J?intègre un club et me fais des potes pour aller rider. Je découvre aussi le snowboard. Avec le recul, je peux dire que j?ai eu de la chance. Je n?ai jamais vraiment été obligé de lâcher la glisse. Des contest amateurs de freestyle (ah les contest James B, pour ceux qui s?en souviennent), un peu de Swiss Cup en boardercross : j?ai même pu toucher un peu à la compétition.

Au fil des années, et parce que j?aimais raconter comment mes journées s?étaient passées, Laetitia a compris ce que le ski et le snowboard représentait pour moi. Et comme toutes les petites s?ur du monde, elle avait envie de faire comme son grand frère. Mais lucide, elle me disait souvent : «Je ne pourrai jamais venir avec toi». Et l?expression  «avoir le c?ur brisé» prenait un sens tout particulier pour moi...

C?est pour ça que ce lundi 7 avril 2008 était un jour «super super spécial» (avec l?accent anglais c?est mieux). Pour elle, pour moi et pour ma mère. Cette après-midi de ski, offert par mes cousins, était un cadeau pour les vingt ans de Laetitia et? pour toute la famille. Un gros « f*** » au destin aussi.

Si au niveau de l?organisation c?est un peu le parcours du combattant (on avait rendez-vous à 13h au départ des cabines à Verbier et on a fait la première piste qu?à 13h45), on apprécie que d?avantage les moments de glisse. Charlotte , la monitrice qui s?occupe également d?aveugle et d?handicapés mentaux (une perle!), a simplement été exceptionnelle. Laetitia a eu un plaisir de malade? si ça c?est pas un paradoxe !!! Et moi, je vous dit même pas!

Enfin tout ça pour dire que y a pas besoin de toujours «engager la viande» pour vivre quelque chose de fort. La glisse ça se vit à sa manière et voir ma s?ur, dans son siège guidé par Charlotte, bouger les bras de droite à gauche pour «déclencher» les virages, c?était juste? pfff ! Enorme.

Voilà ! C?est un peu personnel tout ça, mais ça me fait plaisir de le partager.

John aka NaturalBornRider