Non, cet article ne parle pas de la neige... C'est un article écrit dans le cadre de Journalistes d'un Jour (un supplément écrit par des lycéens et édité dans le journal l'Alsace) et qui devait parler d'un sujet suisse ou allemand, vu par des français.
Comme plusieurs personnes m'ont demandé où le retrouver sur Internet et qu'il ne paraît pas dans les archives du journal, je me suis dit que je pourrais le rajouter à mon carnet (où il y a déjà pleins de choses qui n'ont pas spécialement grand chose à y faire...).
Et puis la visite que j'ai pu faire pour écrire cet article était plutôt impressionnante et ça fait réfléchir...




A Bâle, un organisme donne la possibilité aux toxicomanes de consommer des drogues dures dans des conditions d?hygiène correctes.
L?ambiguïté de ces structures est certaine : d?une part, la cocaïne et l?héroïne sont illégales, de l?autre, le lieu est reconnu. « Nous sommes dans une zone grise » reconnaît un responsable.


En face du Kantonspital de Bâle, seul un attroupement permet de localiser l?antenne de la K+A (pour Kontakt und Anlaufstelle, contact et permanence). Aucun autre signe extérieur ne désigne ce service d?assistance aux personnes toxicomanes. Une trentaine de personnes assises ou debout attendent. Une grille marque l?entrée surveillée. Mais passée la porte, le local ressemble plus à un café qu?à un service médical. Un comptoir, un tableau noir annonçant les consommations, quelques tables de bistrot ? Ici, cependant, on ne sert pas d?alcool, et on peut obtenir gratuitement du pain, de la soupe et du thé. La pièce n?est pas surpeuplée : l?entrée est limitée à 30 personnes à la fois. Les nouveaux arrivants s?arrêtent pour prendre une collation ou s?asseoir quelques instants.
D?autres se dirigent vers une des pièces du fond : la salle de consommation. Elle se divise en 6 espaces, séparés par une vitre, chacun comportant une tablette, une poubelle, des seringues et le matériel de désinfection. Près de l?entrée, un lavabo, du savon et une affiche explique les principales règles d?hygiène à respecter. Une assistante médicale donne les aiguilles et surveille les doses. « En règle générale, ils n?ont le droit qu?à une seule injection » précise-t-elle. L?accès est limité à 6 personnes, « parfois jusqu?à 8 quand certains ont besoin d?aide pour se piquer ». Seuls ceux qui se droguent par injection peuvent le faire à l?intérieur. « Il y a un projet pour une salle où l?on pourrait fumer de l?héroïne ou de la cocaïne ». Pour le moment, les fumeurs restent à l?extérieur, devant le local.
Le centre comporte également une infirmerie, où sont soignées les petites blessures. « Nous donnons aussi les premiers soins dans le cas d?overdose ». Un médecin assure une permanence 2 heures par semaine.

L?accès du centre est ouvert à tous les consommateurs de drogues illégales excepté les étrangers et les mineurs. Des contrôles d?identités à l?entrée ont été mis en place depuis quelques semaines.
Les périodes d?ouverture des centres sont en hausse et changent chaque année. Pour l?instant, 2 des 3 sites de la ville de Bâle sont ouverts 7 heures tous les jours, pour une fréquentation journalière d?environ 300 visites.
Ce secteur ne s?occupe pas de la thérapie : « notre but est de les aider à survivre » explique le directeur. Les règles sont donc simples : pas de commerce de drogue à l?intérieur, pas de violence, pas d?arme, pas d?alcool et des horaires fixes. Le non-respect d?une de ses règles peut entraîner une interdiction d?entrée d?une durée définie.

Pour ceux qui veulent sortir de la drogue, le personnel est à leur disposition pour les renseigner. La thérapie est assurée par d?autres services du SRB (Suchthilfe Region Basel), qui offre la possibilité de sortir de la dépendance à travers plusieurs étapes : sevrage, thérapie, suivi, réinsertion sociale ... Le objectif premier de cet organisme, né en 1998 de la fusion de 2 associations datant des années 70, repose sur le principe de respect des dépendants de la drogue. L?organisme est subventionné par le canton de Basel-Stadt, et son action suit les directives de la politique du canton en matière de drogue.
Cette initiative, bien que que globalement appréciée par la population soulève des critiques vis à vis du voisinage. Il est vrai qu?après la fermeture, à 20 ou 22 heures, certains toxicomanes s?installent à proximité, dans les cages d?escaliers ou autres. Des réunions mensuelles sont organisées, de même qu?un service d?élimination du matériel de consommation. Un contrôle quotidien a lieu tous les matins aux alentours des lieux publics.

A notre connaissance, aucune structure de ce type n?existe en France mais l?expérience de nos voisins suisses pourrait servir de base de réflexion.

Renseignements : www.suchthilfe.ch ; K+A, 113 Mülhauserstrasse, 4056 Basel

Article paru le 26 septembre 2002