Le dimanche, c?est bien connu, l?ennui s?invite toujours. Kent, Vincent Delerm, ma voisine, tout le monde est d?accord.
Pour pallier cet ennui, une petite randonnée à la campagne s?organise. Direction Villeneuve d?Allier sur la N7, route des vacances de nos ancêtres.
N7 jonchés de cadavres d?oiseaux. Des dizaines de masses noires, écrasées ou non, jalonnent la route. La chasse étant finie une conclusion s?impose : l?affreuse, la méchante Grippe Aviaire est arrivée dans le Boulbonnais (prononciation locale). Les autorités sanitaires sont-elles au courant ? Je m?apprête à appeler la maréchaussée quand je la croise dans le centre de Villeneuve. Des bleus clairs sur leurs motos blanches, des bleus foncés avec des mitraillettes dans les bras. Une chose est sûre, ils ne sont pas là pour cueillir des fleurs.
[Villeneuve sur Allier, le long de la N7 est l?une des routes d?accès à Bourges et à l?énorme teknival rassemblant 82 000 personnes s?y déroulant à proximité ce week-end là]
Entre deux contrôles de teufeurs, je m?approche pour leur signaler tous les oiseaux morts et leur signifier mes doutes sur l?arrivée de la Grippe tueuse. Les gendarmes, très urbains, m?indiquent que tous ces oiseaux morts ne sont que des petits corbeaux qui s?écrasent en voulant prendre leur premier envol. Cà arrive tous les printemps, concluent-ils.
Je me disais bien que la vie d?un corbeau n?était pas facile tous les jours. Croasser, dénoncer ses voisins, voir sa progéniture s?écraser et se faire aplatir par un pneu de 4X4 ce n?est vraiment pas une vie. Ne vaut-il pas mieux être une vache qui regarde passer les trains, lèche ses petits veaux et se fait masser les mamelles ?
Mon devoir de citoyen accomplis, je commence ma randonnée.
Tralalilala, la campagne est ? pas belle. Enfin, pas au début de la marche. Les antennes relais pullulent, sous la ligne à haute-tension, sur la route goudronnée faisant office de chemin de randonnée. Ce circuit sent l?arnaque. Si les 15 km sont identiques, vive la déprime d?après ballade.
Les affres de la modernité ne vont pas entamer mon moral, je marche donc en sifflotant, gai comme un pinson. Dans un pré de nombreuses vaches paissent et me regardent passer. Mais, à la différence des trains, elles décident me suivre. Interloqué, je m?arrête. Elles s?arrêtent aussi. Je repars en sifflant, elles se remettent à ma suite tel un troupeau suivant son berger. Tilt ! Les ruminants me prennent pour le fermier qui les ramènent à l?étable. Mon intégration serait-elle en si bonne voie que je ressemble désormais à leur propriétaire ? A vérifier, ce serait inquiétant.
Des aboiements lointains me ramènent à la dure condition du marcheur. Les chiens des fermes sont rarement attachés et parfois agressif. Une fois les meilleurs cailloux des alentours dans la poche, l?aventure reprend et le chemin se transforme est enchantement.
Une aigrette décolle d?une mare, les arbres en fleurs tranchent avec le vert acidulé des feuilles nouvelles, un faon sort des bosquets?
Soudain, aboiements ! Sursaut, retournement, main dans les poches prêtes à dégainer les cailloux et voici qu?une ribambelle de cochons détalent à toute vitesse de derrière la haie. Je viens d?effrayer ces adorables porcins de 300 kilos qui en retour me le rendent bien. Cela fait très longtemps qu?une frousse comme çà ne m?a pas envahit.
S?ensuit la découverte de la ferme des Deschiens. Epaves de voitures sans âges, plastiques dans les champs, bidons rouillés. Je m?attends à voir sortir François Morel ou Yolande Moreau à tout instant. En fait de Deschiens, c?est un cabot nerveux qui déboule en aboyant « Casse-toi de chez moi étranger ». C?est sûr, le labrador habitant dans une zone pavillonnaire de Sainte-Genviève-des-Bois est beaucoup plus accueillant.
Chênes grandioses à droite, un papa apprenant à pêcher à sa fille à gauche le chemin défile jusqu?au pré suivant. De jolis veaux broutent dans les champs (oui, c?est débile comme remarque, mais bon ?) tandis que la mère me regarde passer, pensant « Me fait pas chier quand je lèche mon sel ». T?inquiète, je préfère la Vache qui rit à ton sel pourri.
Coucou, coucou, on entend le coucou, tacatacatac fait Woody-Wood Pecker tandis que ses congénères sifflotent les arbres. Pendant ce temps là, les boeings 737 passent et strient le ciel de panaches blancs, emmenant leurs passagers aux quatre coins du monde. Un monde à deux vitesses?
Terrible retour à la réalité lorsque je me surprends à penser que ma nouvelle chemise de randonnée est quand même hyper bien. On veut du retour à la nature, de la simplification de vie et on se retrouve à admirer son nouveau bout de tissu.
Une bien belle promenade ?
Mon chemin de Compostelle (2) Mieux que de la poudreuse...
Un dimanche en Bourbonnais
par Julien 2, dimanche 20 août 2006


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