L?artif, c?est quoi?

Il est incroyable de constater combien de grimpeurs, même d?un bon niveau et pratiquants assidus, ignorent cette pratique. Elle est beaucoup plus connue des alpinistes, car il est vrais qu?elle s?en approche sur de nombreux points. C?est une technique laborieuse (dans les deux sens du terme), qui permet de se hisser le long d?une parois à l?aide de sangles, de pitons et de coinceurs en tout genres (stoppers, hexentrics, friends, coins de bois, crochets à réglettes et à goutte d?eau, fine lames, copper head, plomb à mater dans les fissures, et autres bizarreries (toutes les idées sont les bienvenues)) en plaçant ses pieds dans des étriers et en tirant sur tout ce qui tombe dans la main. Le principe est simple, placer un point (au choix : pitons, coinceurs, etc), se vacher long, placer l?étrier sur le point, monter et se vacher court, puis recommencer. Ca parrait simple sur le papier et sans interet. Et bien pas du tout. Que neni, fichtre dieu, diantre non !


Pourquoi l?artif?

Au départ, elle a été inventée pour passer des pas d?une difficulté trop élevée pour passer en libre (=escalade classique). Elle fut à la mode dans les années 50/60 mais très critiquée d?un point de vue éthique. Mais à l?époque, la conquête des sommets prévalait et la fin justifie les moyens? Ensuite, dans les années 70, les passages et les voies d?artifs furent « libérés » (= passés en libre). L?artif tomba en désuétude, et les plus belles voies d?artif (comme le Toit Machart dans les Calanques) furent équipées. L?artif réapparait au cours des années 90 et elle redevient petit à petit à la mode. Ceci pour plusieurs raisons:

- elle est indispensable pour ouvrir des itinéraires d?envergure
- elle fait parti intégrante du bagage technique de l?alpiniste moderne au même titre que l?escalade, le ski, ou la cascade de glace (achetez Montagne Mag une fois, pour voir?)
- elle est synonyme d?aventure extraordinaires, de bivouac en parois, de vide, et de sensation extrêmes
- on découvre le plaisir indicible de passer des toits et des devers fantasmagoriques (tels les 30 mètres d?avancée au sommet par rapport au point de départ de la directe de la Concave dans les Calanques)
- elle a été mise à la mode par les américains qui grimpent au Yosemite
- elle convient à tout ceux qui aiment la techniques et autres les « bidouilles »


L?artif, c?est pô dur!

NON !!! Absolument pas ! C?est même une des techniques les plus difficiles qui soit ! Il n?existe pas de voie d?artif qui soit cotée en dessous du TD (Très Difficile). La moindre petite voie qui comporte un passage d?artif (même si les autres longeurs sont en IV) est cotée ED. La majorité des voies sont d?ailleurs cotées ED (Extrêmement Difficile) ou ED+. La grande voie concidérée comme la plus difficile des Calanques est une voie d?artif côtée ABO (Abobinable?) !!!
C?est difficile pour plusieurs raisons:

- on est quasiment obligatoirement en TA (terrain d?aventure = voie non équipée)
- il faut trainer une quantitée phénoménale de matos sur la parois
- c?est terriblement long (1 à 2 h par longeurs en moyenne par personne) !
- il faut souvent bivouaquer en parois
- la difficulté vient essenciellement de la fatigue nerveuse qui s?accumule à force de tirer sur des pitons qui ne tiennent que par l?opération du saint esprit !
- les vols sont peu recommendés à cause de la tonne de matos et de pitons bien pointus et coupant que l?on porte sur soi
- les vols ne sont jamais de simple petits ripages?
- c?est physiquement très usant, on tétanise très vite
- la sensation d?engagement est enorme
- on évolue souvent sur un rocher délité
- les points suffisaments solides, propre à enrayer une chute sont rares
- poser un rappel pour revenir en arrière n?est pas souvent possible: c?est marche ou creve !

Cela dit, ceci ne doit pas faire oublier que la hauteur du plaisir ressentit est souvent proportionel aux soufrances et à la peur que l?on a ressentit pendant l?action. Comme vous le savez tous, amis skipasseurs, c?est le propre des sports extrêmes?


Et les cotations ?

La cotation individuelle des voies est la suivante:

A0: C?est le niveau le plus facile et le plus courant aussi puisque de nombreuses longueurs de grandes voies comportent des passages en A0. Tout est équipé sur plaquettes ou scellements, on tire sur des chennettes en place ou sur la sangle des dégaines. Il n?y a pas besoin d?étrier. A la limite on en fabrique avec deux sangles: une de 80 cm et une de 120 cm. Ce niveau n?a aucun interet sauf celui de pouvoir passer le pas de 6c/7a d?une voie homogène dans le 5ème degré.

A1: C?est là que ça commence vraiment. Les voies sont souvent équipées, le rocher est bon à très bon. Les voies sont peu déversantes et l?engagement est faible. Il y a beaucoup de fissures et de trous. Un jeux de coinceurs, et quelques friends peuvent suffire. C?est un niveau rare, car dans la plupart des cas, ces voies ont été libérée et rééquipées pour passer en libre.

A2: C?est LE niveau interessant. C?est du domaine du faisable, même par un débutant, mais avec une véritable sensation d?engagement. Le rocher est bon, les fisssures et les trous sont bien présentes, mais peuvent se faire localement plus rare ou plus difficile à protéger. Toute la panoplie du parfait artificier est nécéssaire (étriers, coinceurs de toutes sortes, pitons, bloqueurs, poulies, cordes de liaisons, etc.). On commence à sortir les coins de bois pour certaines voies. De belles frousses en perspective !

A3: Là, on entre dans la cours des grands. C?est un peu le 6ème degré du grimpeur mais en beaucoup plus dur. Ici tout est permis ! A vous les devers hallucinant et les toits horizontaux de 15 m de long ! Le rocher est souvent très moyen. La difficulté de pitonage bien réelle. Les vols sont courants, et l?équipement est rare (les grimpeurs aussi !) Ici, on use et abuse des crochets et autres coins de bois. C?est un niveau couramment recontré, mais on y voit peu de gens?

A4: Bienvenu au royaume des déconnectés du cerveau. Ici, on agit, et on ne réfléchit qu?après sinon on avance pas! Le rocher est fortement délité, ou tellement compact qu?on y trouve aucun trous, ni aucune fissure pour placer un point ! Il faut alors ruser? Un longue pratique intensive et une expérience concéquente sont nécéssaire pour se promener sur de telles voies. On utilise parfois des bulles de plomb que l?on mate à coup de marteau dans une petite concavité. Effet garantit sur le moral.

A5: Ici, on entre dans le cercle fermé des mutants. Si la voie est verticale, c?est qu?elle est si lisse, si compacte qu?il n?y a absolument aucune fissure ! Alors les longeurs peuvent se faire exclusivement sur crochet ou sur plomb? Si les longeurs sont déversantes, alors c?est que la parois est proche de l?éboulement (ça arrive?) Alors, pitonner revient à enfoncer un clou dans du sable? Un conseil: n?oubliez pas de glisser votre testament dans une poche de votre trousse de secours et si vous terminez la voie, sortez votre MtBlanc pour signer les autographes de vos fans qui vous attendrons au pied de la paroi?

Comme d?hab, les cotations peuvent être agrémentée de ? ou de + sauf pour le A0. Actuellement le niveau A5+ est le niveau le plus élevé pratiqué (par une toute petite poignée de terriens). La cotation est ouverte vers le haut, et même si ça donne lieu à d?inutile débats, nul doute que l?on verra un jour apparaître le A6- puis le A6. Sachez aussi que la différence de niveau est enorme entre les différents degrés et sous degrés.

Où pratiquer l?artif ?
Un peu partout en fait. Les Alpes et les Pyrénnées regorgent de coins ou l?on trouve des longeurs d?artif, ou des voies mixtes libres/artifs. Le Verdon est en France un haut lieu de l?artif. Il y existe même quelques (très très rares) voies entièrement équipées en A0 sur 4-5 longeurs: idéal pour débuter sans se faire peur. Dans le monde, le Yosemite (Etats Unis) est sans conteste le paradis de l?artificier (un peu la Colombie Britanique du skieur, si vous voyez de quoi je parle).
Pour parler de ce que je connais, on trouve dans les Calanques déjà de quoi faire. La Concave (paroi bien nommée) et son devers de folie est le secteur le plus appropriée pour la pratique de l?artif. On y trouve des longeurs qui vont du A2 au A4+. De plus vous aurez la chance de grimper dans un cadre d?une exceptionnelle beautée (j?exagère même pas car je ne suis pas originaire de Marseille !). Ponctuellement, on peut trouver d?autres voies d?artif au Socle de la Candelle, à l?Anse de la Triperie ou encore à la Cathédrale.
En Ubaye que je fréquente également, on y trouve aussi quelques voies, notamment à l?Aiguille Pierre-André ou au Rocher de La Piroulire.
Bref, sortez vos topos, et cherchez !

J?espère vous avoir donné envie de découvrir cette discipline que (malgré les apparences sans doute) je ne pratique que depuis avril 2004. Mais ceci est autre histoire qui vous sera raconté plus tard? ;)

Pour aller plus loin:

Site de la FFME
Ma première voie d'artif