mardi 21 juin 2005, 1er jour de l?été
Il y a des fois, comme ça, où les journées sont longues, où les minutes s?égrainent au rythme de siècles.
Il y a des fois, comme ça, où l?on aimerait être ailleurs. Il suffit parfois de fermer les yeux?
Vous l?imaginez, là, la journée parfaite ? Vous vous réveillez le matin, 5 heures, pas moins, avec ce sentiment de puissance absolu.
La veille, vous avez vérifié une fois, deux fois, dix, cent fois votre matos. Tout est bon et c?est tant mieux car vous savez que demain, il faudra tout donner. La nuit a été courte, accompagnée de ce petit creux à l?estomac qui vous empêche de dormir. Vous vous êtes levé deux ou peut être trois fois pour vérifier si elle tombait toujours, derrière le rideau. Soulagé, vous vous recouchez, les jambes un peu crispées quand même. Les yeux se ferment et s?ouvrent sans arrêt. Nuit de galère, de frissons le long de la nuque et de sueurs froides dans le dos. Et enfin, le réveil sonne. Un coup d??il dehors, il ne neige plus et les étoiles brillent haut dans le ciel. La belle couche de fraîche reflète les rayons de la lune et un sourire idiot se dessine sur vos lèvres. Vite une douche, un bol de chocapic, deux tartines et il est 5h30. Dans le cellier, l?odeur du fart plane encore dans l?air, mêlée à celles des pommes de terre du jardin et du vieux bois des poutres. C?est digne de la Madeleine de Proust et vous savez la chance que vous avez. Rempli de cette impression délicieuse, vous prenez vos planches et votre sac, direction dehors pour attendre les autres.
A chaque pas, le bruissement de cette neige de coton vous rend encore plus fébrile et vous commencez à imaginer ce que va être cette journée. Nouveau sourire idiot, inévitable. Des phares en bout de route, un bruit de vieux diesel qui s?approche et s?intensifie. Une portière s?ouvre, un léger fond de Dionysos, et des mines identiques à la vôtre.
Le trajet est irréel, le jour se levant peu à peu, dévoilant ce qui va être le théâtre de ce grand jour. En ligne de mire, la montagne. Dans la voiture, le silence emplit tout l?espace, suspendant le temps et bloquant parfois la respiration. La tension est palpable. Pas un mot. Soudain, la voiture se gare et le moteur s?éteint. Un regard aux copains : c?est important le partage de ces petits moments de bonheur. Et puis, en moins de temps qu?il n?en faut pour le dire, tous sont prêts, chaussures enfilées, casques calés et sacs sur le dos. Les joues sont rouges du froid vif et les poumons en feu de cet air si pur ; le sourire idiot est revenu.
8h00. L?ascension commence. Une heure de marche vers les combes oubliées et cette sensation d?être seul au monde, plein de toute cette aura dégagée par la montagne, la sensation de n?être rien et tout à la fois. Plus de mots, que des yeux écarquillés, des souffles lourds et le soleil qui vous réchauffe. Votre vie contre ce moment, contre cette plénitude absolue.
Ce qui vient ensuite, vous ne le conterez pas. Les premières traces, les longues courbes dans cette mer de neige, cette poussière givrée qui gicle dans l?air à chaque changement de carre, les réceptions si douces que l?on en oublierait presque la hauteur des sauts, l?air qui vous picote le haut des joues, ? non, tout cela vous ne le conterez pas. Vous le garderez dans un coin de votre tête, bien à l?abri des regards indiscrets. Ces moments vous appartiennent.
Il est des instants comme celui-ci qui sont réservés pour des jours comme celui-là. Et quand vous sentez que le manque est si dur qu?il vous rend triste, ouvrez ce morceau de votre tête, juste pour vous.
Vous savez, c?est simple, il suffit de fermer les yeux ?





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