Ah, passer de l'autre côté de la barrière, ça faisait quelques temps que ça me trottait dans la tête.
Et oui, à force de faire des vacances à la montagne, de monter toujours (mais modestement) plus haut, ça devait finir par arriver.
Et oui, car le randonneur comtemple les glaciers et autres cimes enneigées d'un oeil admiratif, rêveur, et parfois il se dit : et si ?
Envie de continuer à monter, de toucher ce monde exaltant, mais aussi effrayant; d'aller rejoindre, ceux que l'on observeait, quelque peu admiratif, redescendre de ces hauteurs avec de grosses lunettes, plein de vêtements, de matériel bizarre, et avec un je ne sais quoi en plus dans les yeux. Il ont des lunettes, me direz vous, mais ça se sent quand même.

Bref, j'arrive au coeur du sujet; ayant une opportunité et aussi les moyans, je me lançe !
Je choisis l'UCPA, à priori ça a l'air d'être parfait pour un débutant comme moi. Et je me décide pour le Grand Paradis, histoire d'apprendre tout en faisant un sommet.
C'est aussi l'occasion de découvrir de l'intérieur le massif du Mont Blanc, que j'ai souvent observé mais très peu visité.
Ce récit se vaut aussi informatif pour ceux qui seraient tentés par une première avec ce même organisme.

Bref (2e bref, mais ça va être un peu lon en fait ;)), j'arrive le 29 a Argentières, installation dans les chambres, assez spartiate, mais bon, on vient pas là pour ça.
Petite rando l'aprem au Chalet de Lognan, histoire de se mettre en jambe et d'admirer le glacier d'Argentières.

Lundi, ça commence ! Découverte du groupe, et montée aux Grands Montets, descente par le glacier du Rognon et celui d'Argentières, au mlieu de quelques crevasses.
Premier contact avec le matos, la marche avec crampons vient très facilement, tout au moins sur des pentes douces, on finit presque par oublier qu'on les a au pied.

Mardi, Mer de Glace, sous la flotte.On fait des trucs un peu plus élaborés, des manips de corde, descente dans une crevasse, exercices sur des portions de glace plus raides.
Le temps est bien bouché, d'ailleurs descendre les échelles avec un vent latéral se révele un exercice assez amusant ;). Le glacier a beaucoup perdu nous dit le guide, et je le crois sans problème, rien à voir avec le fleuve de Glace d'il y a de ça 30 ans selon lui.

Mercredi, la plus belle journée. Sortie plutôt axée rocher dans les Aiguilles rouges, face au massif du Mont Blanc qui s'offre à nous; on s'en met plein les yeux.
Remontée d'un petit couloir, rien d'impossible, mais bon, faut pas se casser la gueule... On finit par remonter un névé glaciaire, sans crampon, c'est un peu délicat, mais ça passe, jusqu'au col du Dard.
Redescente par le lac Blanc.

Jeudi, départ pour l'Italie. Toujours un temps pourri côté français, on est pas franchement optimiste pour le temps, les prévisions sont pas géniales, le Grand Paradis apparait très incertain. C'est légèreemnt blanc au dessus de 2500m, on est au début des épisodes neigeux d'août.
En Italie c'est mieux, on part de pons à 1900m, pour monter au refuge Victor Emanuele, à 2700. Je me sentais plutôt en forme, j'ai avalé la montée en 1h30, bonne occasion de se tester, et bon pour le moral... ;)En montant, les sommets saupoudrés apparaissent, et les rafales de neige vers 2500. Aprem sympa au refuge, ou les consos, c'est à noter, sont peu chères... ;)Le soleil nous éclaire pour son coucher,c'est prometteur, je me suis levé vers 11h30, la lune se réfletait dans un petit lac...
Coucher 9h30, assez inhabituel, je m'endormirai vers minuit, en me disant, dans 3h...

Vendredi, eh bien lever 3h, toujours inhabituel ;), départ 4h. Très vite les rochers sont saupoudrés. On chausse les crampons pour attaquer le glacier vers 3300/3400m. Il neigotte, fait assez froid. Je n'ai pas de souvenirs particuliers de l'approche, on est un peu dans le coltard, tout le monde marche un peu comme des robots.
Et après me direz vous ? Et ben après, blizzard tout le temps, on a Rien vu, il faisait -10, une carapace de glace se forme autour de nos capuches. On lutte au peu, mais voir les cordées disparaître dans le brouillard ne manque pas d'allure. Seule chose positive, si pour l'approche on allait assez vite, et donc l'altitude se faisait un peu sentir, à l'allure d'escargot de la montée, jamais aucun problème à ce niveau là.
A 3900m, le guide dit stop, sans trop de regrets pour moi vu les conditions, même si l'autre groupe est allé au bout. Quelques difficultés au retout pour retouver la trace exacte et slalomer entre les crevasses recouvertes.
On revient au refuge vers midi, après une descnte casse gueule dans les pierriers enneigés.

Pour résumer, bilan largement positif.
J'ai fait mon initiation, et je n'ai qu'une envie recommencer ! Apprendre pour pouvoir explorer le monde grandiose de la haute montagne.
J'ai appris plein de choses, et même si l'objectif n'a pas été atteint, l'ascension dans ces conditions, à défaut d'être enthousiasmante, permet aussi de se tester.
On comprend aussi beaucoup plus facilement dans ces conditions le danger qui est omniprésent. Si le passage à 4 pattes de ponts de neige le 1er jour te met dans l'ambiance, voir le gars devant toi passer sa jambe à travers un pont de neige te fait dire qu'il ne manque pas grand chose pour que ça toune beaucoup plus mal.

Le plus amusant dans tout ça, c'est que si j'ai presque fait le Grand Paradis, je ne l'ai pas vu une seule seconde... ;)
Ce sera pour une prochaine fois...