Evocation d'une semaine passée en Patagonie argentine, à la fin de l'été austral.

Premier constat, la Patagonie, c'est grand, vaste comme la France, s'étendant sur l'extrême sud du continent sud-américain, la pampa argentine et les fjords chiliens.

Deuxième constat, la Patagonie, c'est loin, très loin. Ushuaia, posée au bout de la Terre de Feu, est à 3500 km de Buenos Aires par la route, soit plus plus de deux jours et nuits complets en cars, ou 3h15 de vol pour débarquer à la "fin del mundo". L'approche sur le canal de Beagle, au dessus de montagnes abruptes tombant dans les fjords me fait penser à un pays nordique que je connais bien. Le Cap Horn n'est qu'à une grosse centaine de kilomètres, l'Antarctique à moins de mille.

L'arrivée au matin, après un départ encore nocturne de Buenos Aires sous une pluie chaude et moite, est agréablement rafraichissante.  Pas plus de 12°, et surtout je retrouve cette lumière "polaire", diffuse, qui éclabousse tout. Après la capitale argentine, voici un changement d'ambiance radical, mais quel plaisir !

Juste au dessus d'Ushuaia, commence la Terre de Feu, grande plaine aride, désolée, battue par les vents, quelque peu monotone. Ici, peu de routes, surtout des pistes en terre que sillonnent de vieux bus. Il faut 18h de trajet, dont une bonne moitié sur piste, pour rejoindre El Calafate, 600 km plus au nord. Une journée de bus, par un soleil frais de fin d'été, sous un ciel azur d'une pureté impressionante. Le coucher de soleil sur la pampa fait rougoyer le ciel et la terre dans un bel ensemble.

El Calafate se situe aux porte du Parque National Los Glaciares, ou coulent d'immenses glaciers descendant tout droit du Hielo Continental, vaste calotte glaciaire de 300km de long courant sur la frontière Argentine-Chili. Au petit matin, après une journée de bus et une courte nuit, la perspective quasi antarctique de ces monstres coulant dans le Lago Argentino a de quoi réveiller et promet une sacrée journée pour les yeux. Ces glaciers gigantesque, Uppsala, Speggazini glaciers, et les hauteurs bien blanches pour une fin d'été, donnent à réfléchir quand à nos glaciers alpins. Quelques jours plus tard, la visite du Perito Merino, sans doute le plus connu des glaciers andins, fait également relativiser l'envergure de nos glaciers. Le réchauffement climatique existe pourtant bel et bien ici aussi, mais on en viendrait presque à douter au vu des proportions énormes de ces géants de glace.

Cette première journée d'émerveillement sur le Lago Argentino n'est pourtant pas le clou du spectacle. Le lendemain matin, départ matinal vers l'ouest. Quand soudain, après deux heures de car à travers un décor de western, se dessinent enfin les sommets attendus. Derrière un immense lac d'un bleu intense, apparaissent, émergeant très haut au dessus de la pampa, les cimes granitiques du Fitz Roy et Cerro Torre. Spectacle irréel, fabuleux s'il en est, peut-être le plus beau qu'il m'ait été donné de voir. Les mots manquent pour décrrir cette ambiance. Avec la perpsective de ces pics se rapprochant au fur et à mesure, remplissant de plus en plus l'horizon, croît cette sensation de vivre un moment unique.

Plus loin, la route se termine à El Chalten, petit "village" loin de tout, posé au pied de ces sommets extraordinaires. Routes non goudronnées, maisons liliputiennes, cet endroit ne ressemble à rien et donne presque l'illusion d'une faille spatio-temporelle. Tant mieux, car ici la civilisation est inutile. L'ambiance donnée par ces sommets mythiques se suffit à elle même. Tais-toi et regarde, comme dirait l'autre...