Je traine sur skipass depuis maintenant 4 mois et un des sujets les plus abordés est ''La Grave''. Ou plutôt L* Gr***. Mais il n'est pas difficile de comprendre de quoi il s'agit, d'autant plus que le derby de la Meije commence à s'organiser.

Je ne connais absolument pas La Grave. Je viens de la région parisienne, j'ai fait une grosse saison de snow pendant mes études à Grenoble et je ne sais par quel hasard je me suis retrouvée à Paris pour ma première année de boulot. Dès que possible je suis revenue à Grenoble. Et j'ai recommencé le snow à fond.

La Grave. On peut lire tout et n'importe quoi au sujet de ce domaine. De ''machin'' qui dit qu'il n'y a aucun risque à ''truc'' qui dit que c'est un domaine hors piste non balisé, non sécurisé ce qui implique qu'il est très dangereux de s'y aventurer sans connaître, et sans equipements de securité. Je vais alors à la pêche aux informations.

Après avoir étudié le sujet à fond, il me semble inconcevable de m'aventurer seule là bas. Je planifie donc un w.e. avec un guide pour decouvrir Le lieu.

J'arrive au village le vendredi soir. Je m'installe au bar de l'hôtel en attendant mon guide pour qu'on discute du w.e. J'observe les gens. Je les ecoute. Et au fur et a mesure je deviens de plus en plus mal à l'aise. L'impression de ne pas être à ma place, de ne pas faire partie de ce milieu de montagnards et de ''freeriders''. Je suis de moins en moins rassurée et je commence à me demander pourquoi je me suis lancée dans cette aventure.

Le lendemain matin c'est parti pour les hostilités. La nuit fut agitée, inquiète. On prend l'unique télépherique qui nous emmène 2000m plus haut. Le ciel est bleu, il a neigé la veille. Ca s'annonce bien. On est 3, le guide, un gars et moi. Le guide nous emmène dans les vallons de la Meije. Ca a l'air deja tout tracé. Mais il choisit des lignes ou personne n'est encore passé. C'est magique. Quand on arrive en bordure de la forêt ca se gâte. J'ai du mal à prendre des lignes droites pour pouvoir remonter quand il y a des creux. Invariablement je tombe dans le creux et je remonte à pied. C'est tuant. D'autant plus que des fois je ne vois plus le guide devant, je ne sais plus par ou il est passé. Je me trompe de crête, je suis encore quitte pour déchausser et les rejoindre à pieds. Mais c'est rien comparé à la traversée dans la forêt sur neige gelée pour rejoindre P1. Le guide me laisse là, il descend avec l'autre gars tout en bas, on se retrouvera dans le télépherique, j'en suis ravie.

2ème descente dans les vallons de chancel, semblable a la première. Avec un ptit arret au refuge pour le dejeuner.

3ème descente. On repart dans les vallons de la Meije. Cette fois ci on évite la traversée pour rejoindre P1. On descend direct tout en bas dans la forêt. C'est terrible, pas une trace, on slalom entre les arbres. Au moment ou j'entre en collision avec un mélèze je me dis que je devrais travailler un peu ma technique ? On fait une pause, assis sur un tronc d'arbre mort. J'écoute les gars discuter, je ne peux rien dire, la fatigue, la magie du lieu, le fait que je ne sois pas encore tout a fait a l'aise ? On repart direction le village. On atteint la rivière, une dernière montée à pied et la journée est finie.

Après une bonne nuit de sommeil, le dimanche s'annonce semblable, les courbatures en plus. On attaque par une première descente dans les vallons de la Meije. Je suis plus fatiguée que je ne croyais. C'est très dur. En remontant, le guide me laisse à la terasse du resto, il emmène l'autre gars dans trifide. De toute façon je ne me sens pas du tout capable d'y aller, c'est très bien comme ça. Je me repose au soleil avant d'attaquer la dernière descente.

Ca y est le w.e. est terminé. Heureuse et en même temps frustrée. Heureuse d'y être allée, d'avoir eu une si belle neige, de si belles pentes. Frustrée de voir les possibilités offertes et de ne pouvoir en profiter.