Fin octobre 2003...
La France connait une chute de neige précoce... Les Pyrénées retrouvent les flocons dès 600 mètres, pendant que des milliers de skieurs se gavent de poudre lors d'un mondial du ski historique. Tout skieur qui se respecte ressortirait donc les peaux de phoques afin d?aller gouter à ces premières neiges.
Seulement voilà, un irréductible groupe de kitesurfeurs a décidé de partir à la recherche d?autres conditions, pour d?autres sensations. Non pas que le ski ne nous manque pas, mais après un été 2003 placé sous le signe de la canicule et de la pétole, nous décidons d?aller ratraper le temps perdu ailleurs, avant une saison de ski qui s?annonce généreuse. Chaque choses en son temps?
Nous terminons donc de charger le camion de Damien et Fred? 6 boards de kite, 15 ailes, un buggy, un mountainboard? le camion n?est pas loin de l?overdose. Esperons qu?il survive aux 1500 km qui nous séparent de notre destination finale, censée nous procurer la dose de soleil, de vent et de vagues nécessaire pour passer au mode hiver. Mais quel est donc ce spot où l?on est sur de trouver tous ces ingrédients alors meme que la France est à ce moment meme le territoire d?acceuil des pingouins et autres ours blancs ?
Le spot s?appelle Tarifa. Pour y accéder, il suffit juste d?etre prêt à avaler les km, et d?aller toujours plus loin vers le Sud. Au bout d?un moment, vous ne pourrez plus aller plus loin, a moins d?avoir une voiture version James Bond capable de passer en mode aquatique. En effet, vous vous retrouverez à la pointe Sud de l?Espagne, là ou la mer Mediterannée et l?Océan Atlantique se rejoignent, au bord du détroit de Gibraltar, face aux cotes marocaines? CQFD. Vous voilà donc à Tarifa, petit village andalou aux influences marocaines : petites ruelles sinueuses, casa aux murs blancs, qui refletent le soleil omniprésent? et des kite shops and school de partout ! Et oui, nous sommes ici dans LA mecque du windsurf, et depuis peu, du kitesurf. Le village vit au rythme du vent, les écoles et magasins de kite et wind se comptent par dizaine dans cet ancien petit village de pecheur, et les ruelles sifflent sous l?influence du Poniente et du Levante, les 2 vents principaux de Tarifa. Le premier tourne à force 4/5 et lève de belles vagues, alors que le second est sans pitié et balance des claques à force 10/11. On dit du Levante qu?il rend fou, et à voir certains locaux sur l?eau, je veux bien le croire.
Nous voilà donc dans ce paradis pour kitesurfeurs en manque de vent, et encore une fois, le spot n?a pas failli à sa réputation : le Poniente souffle à un bon force 5 dès le premier jour. Le vent ne nous lachera plus pendant les 10 jours que nous passerons ici. A peine installé dans notre appart au bord de l?eau, nous enfilons les combis et nous jetons à l?eau, chacun voulant etre le premier à déchirer les vagues qui se sont levées après plusieurs jours de Poniente. A ce jeu là, moi qui suis habitué à peu naviguer car coincé dans les Pyrénées, je suis le plus fort. Damien essaye de suivre le rythme, mais pour gagner du temps, il ne gonfle pas assez son aile, ce qui lui vaudra de rentrer à la nage quelques minutes plus tard. Nous voilà donc partit pour cette première session qui nous fait aussitôt oublier les 1500km qui nous sépare du pays des ours. Au bout de quelques heures, nous voulons faire une pause nutella et rentrer sur la plage, mais cette dernière a tout simplement disparu. Nous sommes en effet en plein pendant les grandes marées, et la marée haute a transformé la plage en une lagune super flat avec 20 cm d?eau chaude, qui contraste avec le spot en mer qui ressemble a un véritable chantier tant les vagues arrivent de n?importe où. Le moment nutella attendra, la décision est prise d?aller envoyer du speed dans la lagune, et les 8km de long, combinés à une orientation de vent parfaite nous permettent de tirer des bords interminables. On fait demi tour quand la cuisse arrière chauffe vraiment trop. L?eau est tellement plate qu?une sensation de non gravité se fait sentir, aucun frottement ne vient altérer cette glisse pure, seul le paysage défile devant nos yeux. On apercoit une route au loin, parallèle à la lagune. Le but du jeu est alors d?aller plus vite que les voiturres. On s?en sort pas trop mal, jusqu?au moment ou les ailerons décrochent à cause de la vitesse, et où ce jeu débile se termine en une énorme boite qui nous fait ricocher sur des dizaines de mètres sous le vent, nous faisant atérir pas bien loin de la terre ferme. La lagune nous permet aussi d?envoyer du bon freestyle. On prend de l?altitude super facilement, et là encore, on se surprend à ratterir régulièrement un peu trop près de la terre ferme. Et puis dans tous les cas, les 20 cm d?eau font que toute erreur se paye cash, et cela ne va pas en s?arrangeant avec la marée descendante. On insiste quand meme jusqu?au moment ou Damien explosera une board en aterissant comme une pierre dans les 5cm d?eau restant après s?etre envoyé à 10 mètres de haut? Allez il est temps de reprendre le large, il faut alors trouver le bon moment ou une vague recouvrira de quelques cm la bande de sable qui sépare l?océan de la lagune. Et c?est repartit pour une session ou seul l?arrivée de la nuit réussira à nous sortir de l?eau, malgrès l?aide des lampadaires au bord du spot qui nous permirent de jouer les prolongations.
Les jours se suivirent et se ressemblèrent. Chaque jours, nous étions les 1ers à l?eau et les derniers à en sortir. Des bonnes grosses journées suivies de nuits tout aussi chargées. L?Espagne est connue pour son ambiance nocturne, et il faut croire que plus on descend vers le Sud et plus cela est vrai. Autant dire qu?ici le Vodka-Red Bull est le sponsor de toutes les soirées, qui ne commencent pas avant 2 heures du matin, et terminent au lever du soleil?à l?heure ou il est déjà temps de repartir à l?eau. Bref, 10 jours se sont passés ici durant lesquels nous avons eu le temps d?accumuler des souvenirs impérissables, de vivre des instants magiques, et de rencontrer des gens fabuleux venus d?un peu partout pour retrouver la meme chose.
Quelques heures plus tard, et 1500km plus au nord, nous avions retrouvé nos montagnes?et nos skis !
Meme si ce n?est peut etre pas le meilleur endroit pour l?évoquer, surtout après ce récit, il me semble quand meme important de rappeler la chance que nous avons de vivre de tels moment. Tarifa, village aux visages multiples, dévoile son apparence paradisiaque pour les kitesurfeurs et autres touristes ultra privilégiés que nous sommes. Pendant que nous descendons vers le Sud en recherche de ces conditions extremes, il faut savoir que sur le continent d?en face, des milliers de personnes cherchent à rejoindre le Nord. En effet, nombreux sont ceux qui veulent regagner l?Europe en risquant leur vie dans la traversée du détroit de Gibraltar, afin d?y trouver des conditions de vie plus faciles, que l?on considère bien trop facilement comme une norme. Le but n?est pas ici de culpabiliser, mais de prendre conscience de l?envers du décor, qui reste caché pour les touristes que nous sommes en recherche d?une quete bien futile?
Très peu de photos, car tout le monde à l?eau !
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Ride... on ze ouèèèb (ca va 5minutes) Un bon rideur est un rideur vivant... Ride safe!
Tarifa: bienvenue dans le ventilateur espagnol...
par Babouchka, mardi 16 novembre 2004

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réactions (7 réactions)
sinon tu donnes des cours... particuliers bien sûr