Un pote m?invite à passer à la Grave. Cependant, c'est convenu, une fois là bas, il doit s?entraîner en course à pied, je vais donc souvent me retrouver seule. J?appels mon frère pour qu?il me rejoigne. Au pire, il y a plein de magnifiques randos à faire toute seule dans le coin. Mon frangin n'a pas ses enfants cette semaine, il arrive le lendemain. Il s?occupe de nous trouver une course? j?ignore ce que c?est au moment ou je me lève le matin du 10 août. On verra bien.
Vendredi 10 août 2007 : Je retrouve mon frère à la Grave, pas le temps de prendre le café. C'est parti, direction le refuge du Promontoire.
Le temps est franchement pas mal, après une semaine pourrie, avec pluie, et froid, neige à 2500m, quelle joie ! Je sors le short :-)
Arrivés au refuge : Surprise nous sommes seuls. Toutes les réservations ont été annulé, la neige démotive les cordées. La gardienne nous reserve un accueil des plus chaleureux. Nous avons tous les lits, toutes les couvertures pour nous tout seul... ça tombe bien j'avais froid.
La gardienne prévient le refuge de l'Aigle que nous sommes quand même venus. Elle ajoute que nous devrions pas arriver le lendemain. Nous l'entendons lui expliquer que nous y allons, mais elle pense qu'on fera vite demi-tour.
Nous nous regardons avec mon frère, puis nous nous interrogeons sur ce que cela peut bien signifier ??? on verra bien le lendemain... surtout que nous avons la montagne pour nous seul aujourd'hui, le lendemain, l'affaire sera tout autre.
Samedi 11 août 2007 : Nous nous levons à 5h00, pour que le soleil travaille un peu, et fasse fondre le verglas. Il va faire très beau aujourd'hui !

Le p?tit dej? avalé lentement (on ne se presse vraiment pas), nous démarrons l?ascension.

Objectif : arriver au sommet de la Meije 3982m, et traversée les arêtes afin de rejoindre le refuge de l?Aigle.

Les conditions hivernales sont particulièrement casse pieds pour moi, mon frère doit m?attendre constamment. Il courre, je traîne ! ''The boulet'' !

La suite racontée par mon frère :

''Lendemain départ 6 heures, c?est tard mais on ne connaît pas l?itinéraire. A la lecture du topo des plus succincts ça n?a pas l?air d?être très simple alors du coup nous monterons de jour. En tout cas le beau temps est là, et la journée s?annonce magnifique.

Le début de l?itinéraire ne pose pas de problème, mis à par la neige, par moment un peu abondante, qui nous ralenti un peu. Nous assistons à un beau levé de soleil sur le massif des Ecrins. Tout se passe bien jusqu?à l?arrivée à une paroi très impressionnante dans la face sud appelé Muraille Castelnau. Nous nous demandons comment nous allons trouver un itinéraire dans ce ''truc''. Aurélie est même un peu blême sur les bords...

Le topo dit un truc du genre ''prendre la dalle des autrichiens'' ''puis tirer à droite puis à gauche puis passer un bombé'', ''puis une dalle truc et un pas machin''... bref faut se débrouiller tout seul... Nous attaquons dans des rochers plein de verglas que l?on a du mal à trouver des prises, on prend à droite puis à gauche et encore à droite et encore à gauche, on cherche des vagues pitons perdus mais on ne trouve pas grand chose... Enfin petit à petit nous montons. Parfois même en creusant dans la neige, nous trouvons des relais pour des rappels de descente, cela rassure... nous ne devons pas être loin de l?itinéraire.

Après ne nombreux efforts nous atteignons enfin le glacier carré... Sans avoir vu la dalle truc et le pas machin mais bon ce n?est pas grave, nous reviendrons et nous suivrons les connaisseurs...

Traversée du glacier carré : physique, de la neige jusqu?aux cuisses. Nous essayons tant bien que mal de se diriger vers une ''dalle rouge caractéristique''. Le mec il ne s?est pas foulé, la moitié des rochers sont rouges !! Enfin nous prenons l?arête et la suivons jusqu?à effectivement une dalle rouge juste en dessous du sommet, mais bon, là c?est évident... L?ascension est rendue délicate par la neige et une épaisse couche de givre que nous n'arrivons pas trop à déblayer... mais c?est facile et il n?y a plus de verglas comme dans la Muraille Castelnau...

Descente vers la brèche Zigmondy en deux ou trois rappels. Arête presque horizontale mais bien aérienne et arrivée à un câble. Descente et remontée dans un couloir des plus sympathiques. De la glace, de la glace et de la glace... Ok il y a un câble ! Mais quand il n?est pas pris complètement dans la glace il faut enlever la gangue de glace autour et puis c?est fatiguant, nous n?avançons pas. Enfin nous gardons le sourire.

Et puis c?est l?arête qui se poursuit, on monte, on descend, on remonte, on redescend... On ne sais plus trop combien de dents nous avons fait, et nous ne savons encore moins combien il y a de dents sur cette arête. En plus nous avons perdu le topo, nous ne savons pas trop quand il faut entamer la descente vers le refuge de l?aigle (super préparation...) La nuit approche... Pour ne pas dire le bivouac approche... Enfin l?arête est vraiment belle.

Aurélie se fait une frayeur en glissant sur les rochers verglacés, grosse glissade sur la pente de neige en dessous. Sans conséquences la corde est là mais petit stress.

Finalement avec la fatigue, Aurélie veut appeler le PG pour se rassurer sur l'itineraire, du coup ça discute, ça discute et pendant ce temps nous n?avançons toujours pas....

Nous apprennons qu?en fait nous sommes à la dernière montée, le doigt de dieu. Aurélie s?est fait expliquer la descente : 2 rappels et nous prennons pied sur le glacier et hop, dans 1/2 heure nous sommes au refuge de l?Aigle...

Pas de soucis alors !!! Nous terminons vite fait la montée, installation du rappel en haut.... et descente.... Evidemment il se bloque, c?est déjà le deuxième à se bloquer. Remontée jusqu?en haut pour débloquer... deuxième rappel... Nous sommes encore loin du glacier, et la ligne de rappels est interrompue... Il n?y a plus rien, de la neige et de la glace de qualité médiocre.... En fait, dans ma précipitation et sans topo, je me suis trompé de ligne de rappel... Le mauvais... Il faudrait traverser mais c?est super ?peteux?. Il commence à faire vraiment sombre....

Remontée sur corde encore une fois... Cette fois ci l?épuisement gagne la cordée, échaudé par la chute d?Aurélie, nous ne prennons pas le risque de traverser et nous décidons de s?arrêter au relais... Un petite nuit à près de 4000 ça devrait être impec.

Nous creusons des petites marches pour pouvoir quand même s?assoir et nous se pelotonnons dans les couvertures de survie.

La vue est magnifique, plein d?étoiles, vue sur les lumière de la grave en dessous. Le gardien de l?Aigle à allumé un petite lumière à l?extérieure pour nous tenir compagnie. Les potes d'Aurélie en bas, ne doivent plus nous voir après avoir suivi notre périple à la longue vue... On sort le génépi et les cigarettes histoire de se remonter le moral et on attend le jours.''

voila le récit du frangin. Là ce sont les quelques photos que nous avons prises pendant la course. Peu, car avec la neige, l'appareil était bien rangé au fond du sac.
C'est une magnifique course, vraiment...
Une nuit à la belle étoile entre frère et soeur, c'est une sacré aventure, il faisait froid, mais qu'est ce que nous avons pu rire... enfin une fois le soleil levé, et les pieds rechauffés !