Entrée en matière: Nous sommes à la Clusaz, dans le chalet de mon meilleur ami. Lorsque l'on regarde par la fenêtre, l'on voit Balme et la piste du Fernuy.

Ce matin, le réveil sonne. D'abord une première fois, puis une seconde. Là je me dis:
_ Il neigeait hier soir. Si les doux flocons de neige ont continué leur chute toute cette nuit, on va manger de la poudre. Cela justifie l'effort de s'extraire du lit tout chaud, pour aller tirer le rideau.
Le rideau s'ouvre, et là comme par magie, l'ogre à peine réveillé se trouve éblouit. En effet ces yeux encore accoutumés à la douce obscurité de la nuit n'arrive pas à rester ouvert devant cet éclat de lumière si puissant. On pense d'abord qu'il fait mauvais, le pessimisme l'emportant. Puis peu à peu, c'est la joie qui monte: Il fait grand beau, le balcon du chalet témoigne d'une nuit placée sous le signe du Saint cristal de neige. Un bon mètre de fraîche est tombé.
D'un coup telle l'étincelle, mon cerveau sort du brouillard matinal. Il faut réveiller tous les zouaves qui continuent à dormir. Alerte générale, je me rue dans la cuisine, prend la première casserole qui me tombe sous la main, et monte d'un trait les escaliers menant au second. Armé de ma bassine en cuivre et de ma cuillère en bois, je commence mon récital. Les yeux des zouaves s'ouvrent progressivement, ils savent !!! Quand le bruit de la casserole retentit, cela signifie qu'une bonne journée s'annonce. Alors comme synchronisés, les ogres se lèvent machinalement, tous en même temps. Me voilà rassuré, mon cerveau cherche alors dans le capharnaüm de mes pensées, l?étape suivante. Ah oui le ptit? déjeuner. Au menu, comme à l?accoutumée, des crêpes, enfin ce que Thomas aura bien voulu laisser de pâte? Heureusement ce matin là, je ne serai pas obligé de descendre dans le garage glacé pour prendre les ingrédients nécessaires à la rallonge de la pâte, Tom n?avait apparemment qu?un maigre appétit, oh grand merci !!! Le fainéant qui n?avait rien rangé des ustensiles de cuisine, m?aura aujourd?hui rendu service. Je commence mes tournées de crêpes. D?un coup, Cyril telle une tornade débarque dans la cuisine, la vue du balcon, l?aura sûrement motivé plus que nécessaire. Il commence sa préparation des chocolats chauds agrémentés de Génépi, et d?ingrédients dont lui seul a le secret. D?autres prennent leur douche, pendant que l?ami Ninus racle aimablement les semelles de nos skis, tout en rangeant les peaux dans nos sacs à dos respectifs. Le ptit? déjeuner est avalé d?un trait, soudain le bruit du moteur diesel froid résonne, la voiture commence à chauffer. Moi l?homme organisé qui rangeait son plan de cuisine, se voit obligé de descendre ses skis au pas de course dans le coffre. Ils sont déjà tous là, casqués, chaussés, bref équipés, et moi qui suis encore en chaussette. Je suis l?éternel retardataire, et pourtant celui qui se lève le premier. L?ensemble de mon équipe tente une aide à l?habillage, je reçois mon pantalon dans le coin de la gueule, mon casque atterrit brusquement sur mon crâne, ma veste descend seule les escaliers qui mène au garage. Enfin au grand damne de mes coéquipiers, je suis prêt. Pas trop tôt diront certains. Bref, nous fermons le chalet, la voiture commence son périple jusqu?au massif de Balme. Il est encore tôt, le parking est vide. A peine la voiture arrêtée, quatre portes claquent, un coffre s?ouvre, des paires de skis, des bâtons, des sacs à dos, des chaussures de skis, des pelles, en jaillissent.
Rapidement nous sommes tous prêt. Pour commencer on s?échauffera sur la glacière, et plus particulièrement sur le téléski de Torcher, qui nous permet de rester chaud. Après quelques descentes, on file sur le télécabine du Fernuy, qui nous amène à la bonne hauteur. Là commence l?aventure. Après une bonne traversée, nous montons en peau en direction de la Porte. C?est beau, la neige poudreuse ralentit notre ascension, mais rien que d?imaginer la descente, notre entrain l?emporte. Après une heure de marche, nous arrivons enfin. Cela fait cent fois que je monte ici, mais je suis toujours comme un gamin devant le bateau de pirate playmobil le jour de noël : excité. Là pour une fois je suis le premier prêt, et de manière égoïste, je pars le premier « dré dans la pente ». Une seule chose à dire, je suis comme porté par des ailes sur un nuage coton, je flotte. C?est doux, c?est léger, c?est jouissif. Mes petits scratch BC taillent la fraîche, les virages s?enchaînent. Chaque cassure est propice au 3-6, que je ne réussi pas à chaque tentative, mais que je suis le seul à passer. Les autres sont admiratifs, et moi je le suis de même devant trois gaillards descendants plein but, effectuant leurs virages simultanément. Chaque virage provoque une gerbe de neige, absolument magnifique en ce doux matin de Janvier. La luminosité est splendide, je suis en extase. Les dits gaillards arrivent à ma hauteur, et comme par automatisme, je tourne la tête à l?opposé, quand le nuage de neige m?engloutit. Les salauds, je suis blanc, mon visage est humide, mais plus je mange de neige, plus je suis content. La fin de la descente, chacun ski comme il l?entend, certains à tombeau ouvert criant « red ski show team, si tu freines t?es mort », pendant que d?autres avec plus de modération savoure les derniers mètres. Nous ne perdrons rien. Arrivé en bas, nous sommes tous rouges, la poudre nous a vivifié le visage, est malgré le bronzage, nous sommes écarlates. Cyril sort son petit remontant, une fiole de Galliano. Une gorgée pour chacun suffira à nous motiver, direction la voiture, la matinée s?achève, il est temps de manger.
Habituellement, nous descendions chez Thierry à la P?tite bouffe, pour manger le bon Conquis, mais soupir, cette année il a fermé. Le repas se fera donc avec de la salade, un voire deux reblochons fermier de chez « y en a ben assez » un peu de rouge, un café, un pétard. Il est désormais 13h, la télé s?allume. Pour changer, un ixième rediffusion de Yearbook. C?est peut-être la centième fois, mais je suis toujours autant en extase, ces gars sont d?une précision. J?aurai beau rêver toutes les nuits, je pense que leur niveau est largement au dessus du mien : « 720 corkscrew, l?est pas fou le mosieur ? » Pourtant, toujours plein d?espoir, nous partons dans la combe en dessous du chalet, entre la piste du Fernuy, et le camping, la neige est généralement fraîche, et il y a juste assez de place pour tailler un kick. Les pelles sortent, et pendant plus d?une heure, elles creusent l?or blanc, pour former une montagne. Notre orfèvre se met alors à l??uvre. Cyril et ses skis, viennent inlassablement damés le kick. Pendant ce temps, Thomas et Ninus, s?occupe de lisser la piste d?élan. Je continue de creuser pour approvisionner, l?orfèvre, qui est entrain de nous faire un kick d?une étrange beauté.
L?assemblage terminé, on croirait que la piste d?élan est aussi plane que celle du kilomètre lancé des arcs. Là commence le bonheur, chacun à son tour se jette sur la bosse. Personnellement, je donne dans les figures classiques : 3-6 et back, pendant que les autres se font des vols grabés d?une bonne quinzaine de mètres, à plus de 5 mètres du sol, impressionnant. L?ensemble de la troupe reste néanmoins ébahit devant mes prouesses, tout comme je le suis devant leurs longs vols, qui semblent ne jamais se terminer.
Le soleil se couche il est 17h, nous rentrons au chalet, les jambes lourdes. La suite de l?histoire ne vous sera point comté par respect pour l?éthique, mais rien que le fait que les 4 gaillards consomment génépi et galliano avant midi, vous laisse présager, de notre soirée.

La chute de l?histoire vient du fait que lorsque j?étais plus jeune, je rêvais à devenir un candide, célèbre, respecté, et que la vie m?appris, que les plaisirs les plus sains sont ceux d?être bien dans sa peau. Désormais, je suis respecté et admiré des miens, pour mon freestyle oldschool (3-6 raide comme un piquet :D ), tout comme j?admire chacun des miens pour leur spécificité technique.