De l'avenir du portage dans la presse vendredi 30 mai 2008 à 09:10
Nicolas Sarkozy, cette semaine sur RTL, à propos du "considérable problème" (1) que représente Internet pour la presse traditionnelle quotidienne.
Mes commentaires plus bas sur chaque point entre parenthèse.
"Comment voulez-vous que les gens achètent leurs journaux en kiosque s'il est gratuit sur Internet » (2), s'est-il interrogé. « Il y a un problème de diversification, un problème de seuil. Ce n'est pas sain (3) que le journal soit gratuit (...) sur Internet il y a peut-être plus de lecteurs, mais pas plus de recettes
il y a un gigantesque problème de distribution. Il faut donc aider la presse écrite à faire du portage à domicile, ce qui créera des emplois et qui permettra d'avoir son journal tôt le matin (4) »
(1) Si on considère que la libre concurrence et la pluralité des supports sont un problème qui doit être traité, alors oui : Internet est un considérable problème pour la presse traditionnelle.
(2) Question stupide qui contient la réponse, car la vraie question n'est pas "comment" mais "pourquoi". Car à contenu égal, il ne fait en effet aucun doute sur ce que choisira le lecteur, entre payant et gratuit, même avec beaucoup de compassion et même si ça ferait visiblement plaisir au président. Mais le terme important c'est "à contenu égal". Si on veut vendre ce que d'autres offrent, il faut faire mieux, différent bref offrir un service supplémentaire qui justifie de sortir l'euro et quelque quotidien. Le constat est simple, l'application un peu plus délicate.
(3) ah, ce n'est pas sain que l'info soit gratuite. ah, ok. Quid de la radio? de la tv?
(4) Pour ce qui est de cette suggestion d'embaucher des armées de porteur pour apporter le journal (payant) dans chaque foyer dès potron-minet, on va considérer que c'est une boutade...
Si je puis me permettre d'autres suggestions :
- établir une taxe sur internet pour subventionner la presse
- fermer Internet (avec un gros cadenas et des vigiles) de 7h à 11h pour relancer les achats de quotidiens matinaux.
- fermer Internet en cas de News importante en journée afin que les journaux ne sortant que le soir ou le lendemain puissent relayer l'info sans qu'elle ne soit éventée (ce qui est convenons-en une concurrence déloyale de la part d'internet)
- adopter le format flip-book pour faciliter l'intégration de la vidéo dans les pages papier.
- nationaliser tout ce bazar (à relier à l'idée de taxe ci-dessus, une sorte de redevance quoi)
Bref, les temps sont plutôt durs pour la presse traditionnelle, tout le monde s'accorde pour le dire de tous les cotés de l'atlantique et l'avenir ne semble guère plus radieux si rien de radical n'est entrepris. En revanche, ce n'est surement pas du coté des politiques qu'il faut attendre la solution, et encore moins d'une stigmatisation d'internet et de son info gratuite.
Car comme précisé plus haut, la radio aussi est gratuite et réactive, et personne n'a jamais rien eu à y dire, parce que les usages étaient clairement différents. Ce qu'on reproche à internet ici, c'est d'être trop concurrent, c'est à dire dans certains cas de faire aussi bien ou mieux pour gratuit. Si la presse veut sauver sa peau, il va falloir qu'elle trouve un moyen de re-faire basculer le rapport qualité-prix de son coté, ou tout du moins de le ré-équilibrer. Et ça passera inévitablement par des transformations assez radicales du modèle économique, des façons de travailler et des structures. Ce qui ne ne se fera pas sans douleur mais c'est un peu tard pour la transition douce.
Pour conclure et élargir le débat, je pense qu'en focalisant sur le support (papier/web) on se trompe de combat. Ce qu'il est important de préserver/développer c'est une certaine idée du journalisme, une déontologie, une qualité de contenus. Et cela n'a rien à voir avec le support qui de toute façon est amené à évoluer. Car il sera toujours possible de faire de la bouse sur papier et des merveilles sur le Web. Et inversement. Alleluia.
Et vous, vous y feriez quoi pour relancer la presse quotidienne?
via une news originelle de Neteco

Commentaires
et quid de la presse écrite gratuite?!
curieusement, il n'en est pas fait mention même si leur impact sur les grandes agglos est loin d'être négligeable (j'étais à Paris hier, suffit de regarder dans le metro, c'est radical). Bon après, il y aussi le fait que Bolloré détient 2 titres gratuits pourraient arguer les mauvaises langues...
Pourquoi ne pas développer les lecteurs portables, avec mise à jour par waïfaï, et abonnement au journal ?
Pourquoi ne pas être aussi libre de parole et pertinent que certains auteurs sur la toile ?
Il y a quand même des modèles économiques qui marchent : le site du monde.
L'accès aux archives est payant, une newsletter payante, et ça marche.
Libé fait pareil.
C'est pas internet qui a poussé la presse écrite parterre. Ca fait bien longtemps qu'elle est en chute libre.
Il faut peut être revoir le mode de distribution et la rendre encore plus disponible. Si des gens lisent la presse gratuite, c'est aussi parce qu'à chaque coin de rue, elle est dispo et surtout il y a un étudiant qui vous le tend à chaque entrée/sortie de métro.
Le Monde fait partie de ceux qui ont réagi, mais la rentabilité de leur activité Web est un leurre car ils ont accès gratuitement pour se développer au contenu produit par la branche classique (qui elle est déficitaire d'où la violente restructuration actuelle ). Sans les déficits du papier, le Web du Monde serait lui aussi profondément dans le rouge.
S'ils veulent réussir cette transition ils leur faut s'alléger considérablement (ce qu'ils font) : pas facile avec le poids structurel du passé et les impératifs de qualité (qu'il serait pour le coup suicidaire de sacrifier au passage)
J'ajouterai une chose dans l'argumentaire de proposer different pour convaincre de sortir les qques € quotidiens :
Le canard enchainé fonctionne en totale independance financiere, sans pub et uniquement sur les revenus des ventes de l'hebdomadaire (bon ok c'est pas quotidien ;) ).
Mais ca demontre justement que la qualité du contenu importe finalement bien plus que le contenant et que c'est ppalement par une demarcation par la qualité et la deontologie que la presse ecrite pourra etre perrenne.
Je suis assez d'accord avec TheBrain pour Le Monde que je lis tous les jours sur internet alors que le prix en kiosque est prohibitf (surtout dans mon cas a l'etranger) et que les infos sont quasi immediates sur le site web (Le Monde vendu en kiosque le matin, je le connais deja par coeur). Mais bon, je n'avais pas connaissance des elements que tu avances, G.
Quelques reflexions:
Serait il possible de rendre gratuite l'edition du monde en semaine comme un 20 Minutes ou un Metro tout en augmentant la pub et son prix. Je ne peux pas presager de la reaction des autres gens mais dans ce cas de figure entre 20 minutes et Le Monde tous deux gratuits, je prends Le Monde (qui devrait beneficier de son image de qualite et de maturite) et par consequent ca permettrait d'augmenter le prix de la pub tout en tuant la concurrence payante et de nuire a celle gratuite. Mais en revanche faire payer un chouilla plus cher les deux editions du samedi et dimanche avec des supplements consequents. Genre le monde 2 ou le figaro magazine (c'est juste un exemple de concepts similaires existants): les ventes du week end devraient etre un peu boostees par "une accoutumance ". Enfin ca serait a mon sens une piste de reflexion
De toute façon, nombre de nos politiques et décideurs n'ont pas compris que l'explosion d'Internet est une révolution d'une force équivalente à celle de la révolution industrielle du XIXème siècle. Ils peuvent toujours essayer de diaboliser et de contrôler le net, mais c'est trop tard, la révolution est en marche.
Comme toute révolution, celle-ci bouleverse des équilibres bien établis et laisse sur le carreau des secteurs économiques entiers qui ne comprennent pas qu'Internet est une chance à saisir plutôt qu'un ennemi à combattre (musique et information notamment).
En ce qui concerne la presse, l'idée de Biquette parait bien, mais je pense que le problème le plus important est la surabondance d'information disponible : quotidiens gratuits, multiples chaines d'infos en continu, flux RSS toute la journée, etc... Etant déjà "remplis" constamment d'information, le cerveau des éventuels lecteurs me parait déjà bien saturé au moment d'acheter l'édition du soir...
Diversifier le mode de distribution via le portage ou la mise en place de petit rayon dans des commerces de proximités n'est pas aberrant.Pour l'instant les diffuseurs de presse sont liés à d'autres activités qui n'ont pas le vent en poupe, tabac, bar rendant ces points de ventes tres fragiles. Beaucoup de petits diffuseurs ferment et il devient difficile de trouver un quotidien dans certains coins.
quand aux quotidiens gratuit sur le net, type rue 89, il est encore loin d'être prouvé que leur modele économique soit viable.
Je tiens à préciser que la presse quotidienne anglaise bien que de piètre qualité se porte bien, la distribution ce fait essentiellement par portage. La PQR (presse quotidienne régionale) se porte mieux que la nationale, elle à également mis en place de vaste plan de portage.
le portage marche sans doute mais a un coût : qui va le supporter? les journaux déjà au bord du gouffre? le lecteur final? l'état via des subventions (ce qui pour le coup serait une distorsion de concurrence et à mon sens impossible)<.
Et surtout : n'est il pas trop tard?
Quelqu'un parlait du Canard, Marianne est aussi un hebdo qui se porte bien. Peut être que le quotidien n'as plus d'avenir sur papier?
Sinon, avec un contenu qui tient pas le pavé on fini dans la marre.
Enfin, quand on voit les propriétaires de nos quotidiens on est en droit de se demander pourquoi arrivent il à gagner de l'argent avec des armes et du luxes et pas avec de la presse.
j'ajouterai qu'il n'est pas sain non plus d'avoir du lait en supermarché ... il y a un gigantesque problème de distribution. Il faut donc aider les producteurs laitiers à faire du portage à domicile, ce qui créera des emplois et qui permettra d'avoir son lait frais tôt le matin, avec son journal frais, aussi, tôt le matin. Et payant. Tout ça.
La presse est deja subventionnée, depuis pas mal de temps, suite à l'interdiction de publicité sur le tabac et l'alcool, elle serait deja morte sans cela.
La distribution via les diffuseurs de presse à un cout non négligeable, logistique, transport, intermédiaires, retour des invendus. Est-il plus ou moins important que le portage je ne sais pas. Le portage a un avantage c'est la fidelisation du lecteur. Un inconvénient le risque de ne plus trouver le titre en kiosque empêchant la découverte de celui-ci par de nouveaux lecteurs et l'achat d'impulsion.
le problème c'est que dès lors que des alternatives existent (le Web), il me semble absurde de subventionner (=faire payer tout le monde, lecteur ou pas) ce qui est une charge inhérente du au choix du support. Ou alors il faut subventionner aussi les coûts de serveur et de bande passante colossaux des medias en ligne, qui ne sont rien d'autres que le prix à payer pour acheminer leurs versions electroniques au lecteur.
Un petit bémol, acheter un quotidien ne demande rien d'autre que d'avoir de quoi le payer, il n'y a pas obligation de posséder le magasin pour pouvoir le lire. Acceder à un site web demande de posséder un ordi et une connexion ADSL. Ce n'est pas négligeable si on a comme philosophie que chaque citoyen ait la liberté de s'informer.
pas faux, la différence est réelle, mais est ce que l'information doit être considérée comme un service public? Dans ce cas, on peut aussi décider de subventionner l'achat / location d'un recepteur FM, d'un terminal de lecture web, au même titre que l'acheminement d'un titre papier. Encore une fois, je ne vois pas de logique à défendre un contenant plus qu'un autre, seul le contenu compte (à mes yeux).
Un service public non, ca serait une dérive marxiste ;) , mais ce n'est pas, ou ca ne devrait pas etre consideré comme un produit commercial lambda. Maintenant que l'on favorise l'accès à internet au plus grand nombre me semblerait être une bonne chose. On le fait déjà via les mediatheques, et dans les écoles, lycées et collèges. Par contre se pose le problème de la legislation qui encadre les fournisseurs d'acces et les acteurs du net en generale. Les NMMP et tous le secteurs de la distribution sont tres encadré ne faudrait-il pas faire qq chose de similaire pour internet.
Si tous cela etait réuni alors chaque support serait a pied d'egalité et effectivement les subventions n'auraient plus lieu d'etre.
Ces derniers jours se tenaient à Lille les 2nd assises du journalisme où de nombreuses questions présentes ici ont étés évoquées.
Des comptes rendus parcellaires peuvent être trouvés sur le blog suivant afin de nourrir la réflexion :
ipjblog.com/leblogdesassi...
merci
Juste un mot sur le (4). La distribution en France des journaux m'a toujours fait hallucine. Ici a 6h il est devant ta porte d'entree. En meme temps pour un gamin de 14 ans, une "paper route" c'est pratiquement le seul moyen de se faire un peu d'argent de poche pratiquement seul boulot autorise. Les gamins francais seraient ils capable de se lever a 5h pour aller distribuer les jourmnaux dans leur rue? ca je ne sais pas ;)
c'est plutôt les parents qui s'opposeraient à ce que leurs mômes se lèvent aussi tôt. le paper route, sur le vélo, comme aux usa, ça colle aussi avec une urbanisation bien spécifique. en france, ça marcherait dans les zones pavillonnaires, pas ailleurs, je pense.
sinon, comme modèle web payant, y'a www.mediapart.fr. je ne regrette pas avoir pris un abonnement, même si c'est un peu en deça de l'ambition affichée. pourquoi? parce que l'information de qualité, ça se paye, que l'info de qualité est rare, et que je n'ai aucun problème à remplacer un achat ou deux du monde ou de libé par semaine pour financer mon abonnement à mediapart. mais je doute que le modèle soit rentables (besoin de 70000 abonnés d'ici 2 ans).
je sais pas si la version payante de backchich.info ou d'arrêt sur images sont rentables ou le seront.
Déjà faire de l'accès a d'internet un service public ne serait PAS une dérive marxiste, à moins que tu considères que la Suisse soit une dictature communiste.
Sinon c'est évident que Sarko a juste envie d'augmenter les recettes de l'état, donc il s'essaye sur différents sujets dans le but d'instaurer de nouvelles taxes qui lui permettront peut-être de diminuer l'ISF ?
Sinon, peut-être serait-il intéressant de ne pas mettre de TVA sur la production de journaux papiers. Si le prix baisse, les achats augmenteront (via abonnement surtout).
enfin bon bref, on est tous d'accord pour dire que la presse écrite c'est une sacrée bonne bande de connards fainéants et que, heureusement, se développe de nouveaux médias (ou médiis, comme le Dj, devrais-je dire keuf-keuf) pour que cela change. Alors, les gars, on est tous avec vous. Parce que faut ça bouge dans le journalisme. La France qui se lève tôt pour distribuer des journaux foireux, c'est bien joli, mais y'aura surement pas une news sur candide et sa doudoune fluo ACG dedans.
Big Up les bros.
"Car il sera toujours possible de faire de la bouse sur papier et des merveilles sur le Web"
Et de s'attarder sur les inépties d'un Président, qui ressemble plutot à un présentateur de jt sans pub (et bientôt sans infos) qu'à un politique.
Mais c'est bien de découvrir l'avenir de la presse écrite sur internet ;-)
De la politique sur skipass! :d
Bien intéressant ce débat, ça change des lignes de cotes.
"La presse quotidienne anglaise bien que de piètre qualité se porte bien". Tu fais sûrement référence aux "tabloïds", dont la mauvaise foi et les relents de politique nauséabonde sont évidents. Cependant il ne faut pas les confondre avec les "broadsheets", d'excellente qualité (Times, Guardian, Independant, Daily Telegraph). A côté de ces grands journaux, nos trois quotidiens (Le Monde, Figaro, Libé), font pâle figure.
La grande différence avec la France, c'est que les Anglais lisent. Le Daily Telegraph vend par exemple 880 000 exemplaires chaque jour, le Daily Mirror (un tabloïd) 1,5 million. Le Monde arrive péniblement à 300 000. Et qui dit lecteurs dit publicité et donc budgets pour investir dans une information de qualité.
L'autre spécificité française est le coût exorbitant de la distribution kiosque (par les NMPP - longtemps monopole - et les MLP). Le Monde, seul quotidien du soir, coûte encore plus cher que les autres. Et les NMPP, création du conseil de la résistance en 1945 pour offrir à toutes les publications une diffusion égale, est soutenu depuis toujours par les béquilles de l'argent public.
La presse quotidienne est donc indirectement subventionnée en France.
Oui c'est aux tabloïds auxquels je pensais. Quand à dire que les anglais lisent plus que les français c'est un peu réducteur. Ils lisent beaucoup plus de quotidiens mais la presse magazine en france ce vend beaucoup plus.
Quand au systeme de distribution francais si il reste cher pour la presse quotidienne il est extremement efficace et permet la diffusion de tous les titres partout en france de la presse magazine.
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