Ambiance sonore facultative :
Vendredi - Zurich, comme un gros gâteau paresseux
Prenez
une ville au bord d'un lac assoupie. Sur une berge herbeuse, construisez une
rampe ridiculeusement énorme, disons 26 mètres d'échafaudages en hauteur, 70
mètres de long, avec un ascenseur pour y monter, bien sûr. Saupoudrez-la de
Polar Snow et entourez-la de toute une kermesse d'autres joyeusetés : (très)
grosse rampe de skate, big air en terre pour la moto, et petit village de marques
de ski, snow, skate etc.
Ca donne le freestyle pounkt céaaaahr, on est en septembre et c'est déjà noël.
Le plateau est impressionnant puisque sont réunis ici la crème du coeur de la
meule du ski (Jon Olsson, Pete Olenick, Simon Dumont, Lolo Favre, ...) et du
snowboard (Antti Autti, Eero Ettala, Mathieu Crepel, Marc-André Tarte, etc.).
Du pur tricot en perpective.
Comme on en avait marre de remacher les communiqués de presse, cette fois on
s'est déplacés en vrai. On arrive donc le vendredi soir au pied des berges du
lac. Ce qui choque d'abord c'est la taille de l'échafaudage qui supporte la
rampe. Comme une tour Effeil (tm) renversée. Bon, OK, un peu plus petit. Mais
c'est gros.
C'est l'heure des préqualifications. 16 riders dans chaque catégorie, dont quatre
iront rejoindre les 12 invités pour les qualifs du lendemain, 12 et 4 qui font
16 et c'est bien pratique, vous allez voir, pour la suite. On passe vite sur
ces préqualifs, qui permettent d'apprécier le kicker et de demander quelques
chiffres encore à son shaper, l'helveto-australien Douglas Atkinson : 11 mètres
de plat plus 3 mètres de pente à 15°, ce qui fait un vol de minimum une quinzaine
de mètres de long. C'est gros, à moins de 30 mètres au dessus du niveau du lac.
Les oiseaux locaux font la gueule et piaillent, courroucés par ces étranges
fous volants qui envahissent leur espace aérien.
Samedi - Qualifs ski/snow, Show nocturne
Le samedi midi ensoleillé, on est de retour sur le site, et un collègue que
je ne nommerai pas de s'exclamer, après un petit tour des stands "oh mais le
.ch c'est pour chouchounes ou quoi?". C'est vrai que le public est composé au
moins pour moitié de ces petites douceurs suisses-allemandes...
Mais ce qui nous intéresse (vraiment?) c'est plutôt ce qui se passe sur la rampe
géante, ou les entrainements ont commencé. Chez les snowboardeurs, Andrew Crawford,
toujours aussi stylé, envoie un gros 180 double shifty, les finlandais ont du
mal, c'est normal, c'est le plein après midi et ça a l'air de coller sec.
(son : Crawford, Eero et Mathieu)
Pendant ce temps Marc-André Tarte pose un cab 7.20 moche puis un joli one foot
(on comprendra plus tard), et Kalbermatten calme avec un énorme cab 9.
Chez
les skieurs, Jon et Niklas sont les plus assidus sur le kick, le premier en
chemise ouverte ultra classe (c'est quoi déjà le nom de son tailleur
norvégien? enfin, c'est top classe, quoi) et Niklas torse nu, tout simple.
23 chouchounes s'évanouissent. Y'a de quoi. Henrik Harlaut, ptit suèdois (encore)
de 14 ans sorti premier des préqualifs, pose ses 7.20 avec application, pendant
que Jon envoie de gros backflips ultra stylés et tue encore quelques fans. Simon
Dumont perd un de ses skis en plein cab 9 et replaque comme si de rien n'était,
"j'avais pas bien serré les fixs", explique t'il avec un sourire en repartant
vers l'ascenceur.
15h, l'heure des qualifications pour les skieurs. Jusque là c'est facile, sur
les 16, y'en a 8 qui virent. Trois passages, le meilleur compte, et Jon, parti
avant dernier devant Simon Dumont, calme tout le monde en posant un énorme switch
cork 7.20 (selon la police) qui lui vaut le top score (23.2 point, la bulle
sera à 21.7). Il mettra derrière un de ces switch misty 9 dont il a le secret...
En vrac on note les performances de Pete Olenick (cab 9, cab 10 et bio 5 old
school), Deschenaux impérial de style (cork 9 cross à 22.6) et le très élégant
Niklas Karlström (cab 9 "supa safe", cab 9 again, et cab 10 pour finir). Mais
c'est finalement Mister Dumont qui prend la tête avec son troisième saut, un
cab 10 parfait, allez, 23.7 points. Lolo Favre s'en sort tout juste, à la bulle,
8ème, avec un switch cork 7 dont on reparlera (bon, pas de suspense, tout le
monde sait déjà qu'il a gagné avec, non? Non? Ah, désolé).
17h30, les snowboardeurs reviennent pour une petite session d'entraînement avant
leurs qualifs. On sent que ça glisse carrément mieux que dans la chaleur de
l'après midi, toute la rampe est à l'ombre, et l'amplitude des tricks a bien
pris trois mètres en longueur. Le public est là en force, c'est l'heure du snowboard,
c'est quand même le coeur de cible de l'event.
Là c'est le suèdois Chris Sörman, issu des qualifs, qui pose les choses, avec
un back 7 mute parfait, 32.3 (bulle à 29.3 finalement), on en a plein les yeux
des paillettes de bonheur, et ça ne fait que commencer (il enchainera avec un
900 back et un superbe front 7 double shifty). Eh oui parce que derrière Mathieu
Crepel vient poser comme sur du velours un switch back 7 tail qui le placera
second des qualifs (34.8). Faut dire que c'était fort sublime. Antti autti et
Risto Mattila se livrent une bataille de front 9 tail sursmooth (Antti : 33.3,
Risto : 32.6) et le troisième finlandais, M. Eero Ettala, claque un switch double
backflip. Jamais vu, perso, je dois pas sortir assez. Enorme. Et on n'en est
qu'au premier run! Marc André Tarte (je vais abrèger en M-A.T, tiens, pasqu'on
va en reparler) aura un peu de mal : après deux premiers sauts loupés (un double
backflip et un cab 9 quand même) il fait son show en demandant l'aide du public
du haut de la prise d'élan. Et le pire c'est que ça marche. Il sort un cab 9
impérial sous les vivats de la foule en liesse et finit 6ème des qualifs.
Que dire de plus sinon que Eero Ettala fait très très forte impression, ainsi
que ses amis finlandais (cab 9 nosegrab, cab 7, switch back 7 super style...).
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Plus tard dans la soirée, nous voilà confortablement installés à la terrasse du Nescafé café. G pose le trépied, vue sur l'impressionnante foule massée en dessous, le kick et sa récep' juste en face, et aussi l'écran géant sur lequel sont retransmis les ralentis. Tout ça dans de confortables fauteuils loungy. Une seule action pour le photographe feignant qui garde sa télécommande à la main : cliquer. "Si tu pouvais essayer de ne pas trop fumer devant l'optique," il me bougonne. Je bois une gorgée de Feldschlossen en guise d'acquiescement. |
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Il est
20h30 et sans le soleil pour mollir la neige les skieurs vont tout de suite
plus loin que dans l'après-midi : vers la moitié de la récep, avec d'autant
moins de place pour freiner. Derrière le toit de l'estaminet voisin, on voit
des motos plus ou moins chevauchées par des êtres humains qui volent en vrombissant.
De l'autre coté, à gauche de l'écran, c'est les skateurs et les BMX qui s'entraînent
sur la mégarampe.
Bien placés? Plutôt, car c'est bientôt l'heure de l'Ultimate Crossover Session
(avec les majuscules) ou les six premiers qualifiés de chaque spécialité vont
s'en donner à coeur joie sur leurs modules respectifs. On a pas très bien compris
le format, c'est un peu longuet, mais en gros chaque module est illuminé à son
tour pour une performance, puis les cris du public jugent du vainqueur. Niklas
Karlström et Mick Deschenaux s'élancent ensemblent, un 7.20 sur la gauche et
un 900 sur la droite, suivent dumont et Olsson, Dumont en premier dans un gros
7.20 et Jon derrière qui le rattrape en l'air en backflip "supa perfekt".
Puis en rafale Pete Olenick et Wieser, switch backflip et rodeo 5.4, il y a
du niveau, du spectacle, et de l'ambiance. Dommage que ce premier run, comme
les suivants, passe trop vite. Ca enchaîne direct sur la moto vroum vroum.
Au tour des snowboardeurs. On se demande quelle va être leur réponse au show
des skieurs. Ils parlementent deux minutes au départ, et s'élancent tous en
coeur, un, deux ensemble, un et deux ensemble, un vrai feu d'artifice, la foule
rugit. Mais là encore on en voudrait plus : ça passe au petit vélo qui tournicote
sur la mégarampe.
Un énorme double backflip de Eero Ettala et un switch backflip de Olenick plus
tard, on ne comprend pas trop comment mais il reste trois personnes en superfinale.
Il s'agit maintenant d'élire le "crossover.champ" parmi ces trois là, i.e. Simon
Dumont, Eero Ettala, et Koji Craft (BMX).
Eero s'élance sous les cris de ses groupies et nous refait le coup du double
backflip, sauf que c'est un poil court, plantage de nose et sa jolie tête finlandaise
va taper la neige dure en moins d'un millième de seconde. Soupir de la foule,
qui brouhaha alors qu'Eero reste immobile. Il a du passer quelques secondes
dans les pommes, puis on le relève doucement, il a l'air salement sonné. Simon
pose son cab 10 tout tranquillement, M. Kraft fait des tournicotis, et c'est
alors au tour de la foule d'élire à l'applaudimètre son athlète préféré. L'évènement
a beau être très orienté "snowboard", les trois tours d'applaudissements nous
semblent clairement en faveur de Simon Dumont. Mais sous les cris de "freeski!
freeski!" le speaker annonce la victoire de Eero Ettala. Eero qui n'en mène
pas large, un glaçon sur son oeil un peu violet et l'air complètement dans les
vapes. Il répond à coté à la question du speaker, et on finit par l'évacuer
vers l'hôpital. La chaise à porteur du crossover.champ ne servira pas ce soir,
ce soir c'est brancard.
Victime d'une commotion cérébrale, Eero, grand favori des finales de big air,
sera forfait le lendemain.
Dimanche - Finales
Le lendemain c'est le dimanche, c'est finales. Encore grand beau, la neige du
kicker brille de blancheur, les vagues de froid apportées par les freinages
des riders sont plus que bienvenues : on a chaud et ça cogne. 7 ou 8 shapers
s'affairent à reboucher les trous.
Les entraînements sont diversement
appréciés. Celui des snowboardeurs est peu suivi et un poil tendu, Mathieu Crepel
a du mal à s'y mettre, se pigne deux fois bêtement, ça a l'air de bien coller
en récep'. Chez les skieurs par contre, c'est l'euphorie d'un jour de vacances
entre potes. Les nordiques lancent une bataille de boules de neiges avec le
public (qui, lui, rappelons-le, est sur l'herbe, clairement défavorisé), accompagnés
par Luke Van Valin, Simon Dumont et le "vieux" Jon Olsson, toujours tiré à 4
épingles.
Les phases finales se déroulent selon le principe du KO : les riders s'affrontent
deux par deux sur un seul saut, selon l'ordre des qualifications, le premier
contre le huitième, le deuxième contre le septième, etc. Trois juges, trois
jetons, celui qui en a le plus passe.
Ce
sont d'abord les quarts de finale du ski et du snow que l'on suit dans l'après
midi. Il est 14h, comme la veille le soleil tape, peut être encore plus, sur
la neige. Douglas Atkinson regarde son bébé de sous son parasol, il a pas l'air
inquiet. La neige, mélangée à du gaz carbonique, est envoyée toute la nuit dans
de grands réservoirs, puis tapissée le matin sur la rampe. Une bonne dizaine
de centimètres viennent ainsi s'ajouter chaque jour sur ce qui reste de la veille.
Mais laissons entrer les bouchers qui vont venir faire des trous dans ce fragile
écosystème.
Antti Autti commence par se débarrasser de Chris Sörman avec un cab 9 nosegrab
de toute beaaauté contre un 720 back pour le suèdois. Risto Mattila vient rejoindre
son compatriote avec un front 9 tailgrab qui ne fera qu'une bouchée du rodéo
7 back mal posé de Fredi Kalbermatten. Dans le bas du tableau, ce sont respectivement
M-A.T et Mathieu Crépel qui sortent, contre Markus Keller et Stefan Gimpl. On
sent le Mathieu en forme et le M-A.T toujours aussi cabotin, mais les finlandais
font peur. Même sans Eero, qui regarde les hostilités avec une joue pochée d'une
magnifique teinte bleutée.
Chez les skieurs ça commence bien pour Florien Wieser (à votre gauche)
puisqu'il est seul à sauter contre le fantôme de Mick deschenaux. Que se passe
t'il? On apprendra plus tard que Mick était en train de manger... Dommage. Entre
Luke Van Valin et Jon Olsson, le spectacle est assuré. Luke pose son cab ten
un peu à l'arrache, et derrière Jon ressort son fameux switch misty 9, impeccable
et doux. Ca devient longuet ces histoires de tricot? Mais après la victoire
de Niklas Kalström contre Pete Olenick (cab 9 contre cab 10, comme quoi rien
ne sert de tourner...) c'est l'heure pour Lolo de sortir son trick magique.
Huitième et dernier des qualifs, il se retrouve devant le premier, Simon Dumont,
ça va être chaud. Magie du direct, Lolo pose un somptueux switch cork 9 à 3
étoiles au Michelin, et passe contre Dumont et son joli switch 9. Et il confirme
en demi finale en venant à bout du cab ten "bonnet qui vole" de Karlström avec
sa spécialité, le switch cork 7, puissant, ample, chaleureux. De l'autre coté
Jon a tapé Florien Wieser avec un cab 10 true tail, forcément Olssonesque, et
l'heure de la grande finale a sonné, Mr Favre contre Jon, apparemment ils aiment
bien se retrouver l'un contre l'autre ces choupinous, et c'est Jon qui s'élance
en premier. Cab ten encore, posé un peu à l'arrache, ça sent bon pour Lolo,
qui part en switch et nous repose son switch cork 7, énorme, jubilation, applause,
et freeski.champ 2005 pour Lolo.
(Lolo se moque mais Jon lui promet de prendre sa revanche, par exemple aux X-games)
Les snowboarders ont l'honneur de cloturer le week-end, 17h30, toute la foule
s'est amassée et c'est ambiance électrique. Le lac clapote doucement, la musique
ben-hurienne retentit, et Antti pose un front 9 tail hyper propre face au switch
back 7 de Risto, je sais pas si je l'ai dit mais ces finlandais sont des tueurs.
M-A.T montre son pied détaché du haut de la rampe et c'est l'acclamation du
public. Il envoie un backflip one foot qui fait vrombir la foule, mais arrive
complètement à l'arrache, on se dit que Mathieu va assurer. Mais son back 7
nosegrab n'est pas surpropre en récep' non plus. Les juges donnent les trois
jetons à M-A.T, sûrement pour le show. Quand le speaker lui demande ce qu'il
compte faire en finale, il s'exclame "vous avez pas envie de me voir poser ça
ou quoi?", voilà, comme ça on sait. Mathieu Crépel gagne la petite finale face
à Risto avec un splendide cab 10, on en voit pas souvent des comme ça, on en
voit pas souvent tout court d'ailleurs.
En finale, Riisto pose moyen son front 9 tail, et M-A.T se réexplose sur le
même backflip one foot. Bon, franchement, pour tout vous dire, très subjectivement,
je crois qu'une bonne partie de la foule (ainsi que votre humble chroniqueur)
voyait Riisto vainqueur, sans l'ombre d'un doute. Mais le verdict tombe, trois
jetons pour Marc-André "showman" Tarte, snowboard.champ 2005.
Epilogue
Je secoue la tête en suivant les berges jusqu'au parking où m'attend titine.
D'avoir vu la neige et des cadors jouer dessus, ça fait du bien quand même. Je
vais acheter du chocolat, embrasser une Suisse, ramener un peu de Gruyère (tm)
aux potes, mais ce qui compte c'est ces jolis souvenirs, maintenant que les
canards et les oiseaux criards sont redevenus maîtres du ciel de Zurich. Freestyle
punkt tzéaaaahr, c'est bien faut y aller ouare!
Texte et son : Mathieu Ros
Photos : Guillaume Lahure, sauf les 2 photos de Dimanche ci-dessus par Felix Frey pour cause
de départ anticipé (mais avec un mot)




Les réactions : 92%
8%
(25 réactions)
sinon, elle était bonne cette Feldschlossen?
Trois jours de commentaires allemands ca saoule ^^
il est fou ce Tarte
merci c'etait zakkon de paris a vous grenoble