Né à Paris, Rémy a levé la tête vers les montagnes et y a posé ses skis à 18 ans, avec en baptême le couloir Whymper à la Verte (les connaisseurs apprécieront. Pour les autres, il suffit de dire que c'est raide, très raide et que la chute est interdite). « C'est le livre de Patrick Vallençant qui m'a inspiré et le Whymper avait une belle gueule ! ». Quelques années plus tard, Rémy le guide a toujours les carres plantés dans la neige verticale (50/55°, ça vous inspire ?) et cet hiver il a enchaîné, à l'âge canonique de 43 ans, une impressionnante série de premières : le Balmhorn (3699 m), la Becca di Motandayné (3838 m), le Ferdenrothorn (3180 m) et dans les Andes : le Mariposa (5808 m) et le Puka Punta (5670 m).
« Tu es à moitié dans le ciel, moitié dans la neige, et j'adore le côté aérien, c'est ce qui me plaît. Plus il y a de gaz, plus je suis content ! ». Pour nous autres skieurs lambda, la tâche paraît impossible, ou tout bonnement suicidaire. Pour Rémy, c'est une façon comme une autre de profiter de la montagne, de découvrir de nouveaux endroits et de s'isoler de la foule.
Un univers aux marges de manoeuvre étroites dans lequel il s'épanouit. Il raconte ses premières avec un grand sourire : « je crois très fortement à la vie ! Je pense être conscient de ce que je peux faire, par exemple je ne saute pas quand il y a une petite barre, tant pis pour l'honneur, je mets une corde. Je suis conscient de la situation de mon corps dans l'espace, probablement comme les trapézistes, si mon petit doigt n'est pas recourbé, je le sens. Avant, à chaque virage je passe en revue ma check-list : position des skis, du bassin, des bâtons, qualité de la neige ».
La pente raide, il y va seul ou accompagné, avec des clients, et il y en pense en permanence : « ce qui conditionne tout, c'est la qualité de neige. Avec mon métier je suis plus fin et plus affûté dans mes évaluations qu'avant et emmener des clients renforce cette connaissance, me laisse du temps pour repérer. » Depuis ses premiers virages verticaux dans le Whymper, Rémy n'a jamais arrêté de taquiner le raide, c'est son « plaisir perso. Il ne faut pas se pousser, si tu n'a pas envie, tu fais autre chose. C'est peut être un lieu commun, mais en montagne, il faut être bien et quand tu te sens bien, il faut y aller ! » Et la suite ? « J'ai des projets pour dix ans au moins ! ».
Texte : Guillaume Desmurs
Portrait : John Norris
Photo d'en-tête : Bridget Temple
Balmhorn 3 699 m (Suisse)
1 300 m de dénivelé.
45° à 55° de pente.
Première descente à skis de la face est le 1er février 2007.
« Il y a une dizaine d’années, j’avais repéré cette face. La première fois au coin d’une page des 100 plus belles de l’Oberland Bernois à skis, une petite photo n&b, avec deux randonneurs regardant la face… Les sections étroites situées au niveau des barres rocheuses m'offrent quelques passages sportifs : dix centimètres de neige collée à même le rocher à trois reprises, un dérapage "dégueulé" sur de la glace recouverte d’une fine pellicule, le tout dans des pentes à 55° et un peu plus parfois… La face est du Balmhorn tient ses promesses ! »
Photo : John Norris
Becca di Montandayné 3 838 m (Italie)
550 m de dénivelé.
45 à 50° de pente.
Première de la face nord-ouest par le couloir Tizianna le 19 avril 2007.
« Quinze mètres à 80° de pente pendant la montée : les neige instable est plaquée sur le rocher, le tout couronné par une congère surplombante… En solo, pas le droit à l’erreur, c’est avec infiniment de délicatesse que je me déplace vers le haut, en prenant soin de tous mes appuis et ancrages. »
Photo : Rémy Lécluse
Ferdenrothorn 3180 m (Suisse)
500 m de dénivelé.
50° soutenus, passages à 55° de pente.
Première descente à skis de la face nord-est le 9 avril 2007.
« Au sommet de la pente, l’ambiance est "basejump"... Une forte accumulation de neige froide m’incite à rentrer en douceur dans la pente, petit dérapage, un virage tout doux... et une bonne grosse plaque me part dans les skis. Ambiance ! Un temps d’arrêt pour observer l’avalanche qui dévale le couloir sous moi en rebondissant sur les rochers. Un peu tendu, je démarre enfin la descente, la qualité de la neige est excellente : poudre tassée à droite, printemps à gauche. Cette bonne qualité de neige rend la descente plus facile et m'aide à gérer mentalement l’exposition d’enfer. »
Photo : Bridget Temple
Mariposa 5 808 m (Pérou)
700 m de dénivelé.
50° à 60° de pente.
Première le 20 mai 2007.
« La neige est restée très dure et dans certains passages je suis en limite d’adhérence des carres, celles-ci ne laissent pas de traces sur la neige vitrifiée. La pente est très raide, 60° : mon avant-bras amont est posé sur la neige ; je négocie certains passages en piolet traction et dérapage. Plus bas, la pente s’adoucie relativement : un bon 50/55°, la surface grumeleuse permet des virages ; chacun d’entre eux est un défi contrôlé par un long dérapage. Le temps semble long jusqu’à la rimaye. Une fois celle-ci sautée, je ne réalise pas vraiment ce qui vient de se passer : je viens de sauver ma peau et de skier la plus belle vacherie de ma carrière. »
Photo : Bridget Temple
Puka Punta 5 670 m (Pérou)
670 m de dénivelé.
40° à 55° de pente.
Première le 25 mai 2007.
« Je dois tirer ma trace dans une neige croûtée où j’enfonce jusqu’aux genoux. Petite pause sommet, j’enchaîne dans la descente. La neige est douce et sympa à skier. La pente n’excède jamais 50° et n’est pas trop soutenue : facile ! L’ambiance andine est au rendez-vous : grosses corniches, séracs, crevasses, vide... »
Photo : Bridget Temple
Rémy Lécluse est soutenu par Dynastar et Grivel.


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Les réactions : 66%
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(32 réactions)
Ca fait rêver...
Chapeau bas en tous les cas, du Grand Ski
Chapeau bas au Monsieur... Franchement faut oser se les faire celles-là !
Alors je ne t'explique pas le niveau !!!!!
Un grand bravo à ce skieur hors du commun!
Prochaine pente, la face nord de l'Eiger?
Mais vous êtes sûrs que c'est un humain? ne serait-ce pas batman?
félisitation les gars bien joué !
même si c'est ta passion fais gaffe, moi mon cousin en est mort de sa passion de la montagne...
mais si vraiment t'adore ca, on peut pas t'en empecher...
mais moi, la roulette russe, c'est pas mon truc...
je ne veux pas etre desagreable, mais prevenir...
voila...
bon ride a tous...!
Bravo srx ! ^^
si oui je suis pour (mais le problème viendra de mon niveau, j'en ai bien peur...)
ça fait plaisir de lire des articles comme celui-là sur ski pass..
j'adore lire ce genre d'article .. ambiance ambiance ,
me tardes cet hiver , pour réaliser qq aventures !!
merci
Gros respect pure conscience de ce qu'il fait, dommage qu'on soit pas tous aussi doué
il n'y a rien à rajouter, tous les commentaires ci-dessous résume bien l'ampleur de ta passion.
Bravo!
7 virages pour le Ferdenrothorn, faut le faire^^
quoi?!?
En tout cas ça donne bien envie de le faire.......et d'avoir le niveau!!
Chapeau:-D
UUFFFFFFFLLLEEEEEEEEESSSQQQUUUEEEEEEE !!!!
Chapeau bas mr lécluse !!!!
J'ADORE§!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!