Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche Politique d'accessibilité
Quatre premières au Denali

Quatre premières au Denali


Vous êtes ici : accueilSaison 07 08 → Quatre premières au Denali

Dix minutes après avoir dit "oui", j'ai vraiment flippé. Dans quoi m'étais-je embarqué ? Après avoir passé dix ans à shooter du freeride en Alaska, je savais que cette proposition était une occasion unique dans ma vie de photographe : skier des couloirs vierges de toute trace sur les flancs du Denali (ou mont McKinley), le sommet du continent à 6193m.
Je n'avais aucune expérience de la haute montagne mais j'étais bien entouré puisque mon pote Clark Fyans (en photo ci-dessus à 5181m) est guide pour Chugach Powder en Alaska et qu'il a déjà atteint le sommet du Denali dix fois. Chris Davenport vient juste de terminer de skier les 52 sommets de plus de 14 000 pieds (4267m) du Colorado. Le plus jeune du groupe est Nick DeVore, un télémarker de 20 ans, phénomène aux poumons d'acier venu d'Aspen qui a déjà ridé le Denali l'été d'avant. Le cinquième membre est Kristen Kramer, vieux routard du freeride en Alaska. J'étais le maillon faible de l'équipe mais ma peur s'effaça rapidement pour laisser place à l'excitation de skier une neige vierge sur le plus haut sommet du continent.

Le Denali a été vaincu pour la première fois en 1913 : 70 jours de montée en vêtement de laine et avec des cordes de chanvre. Nous, nous allions atterrir en avion au camp de base à 2100m d'altitude et de là attaquer le sommet du Roi, signification de Denali, pour lui voler ses joyaux : quatre couloirs vierges. En prenant place dans l'avion, je me demande combien coûterait de changer mon billet de retour pour repartir maintenant, tout de suite... Les histoires de morts, de crevasses, de ponts de neige qui cassent, de gelures terrifiantes, de -60°C et de vents terribles me poursuivent depuis notre passage dans le bureau du ranger. Je peux voir, du cockpit, le sommet impérial et blanc du Denali qui pousse haut vers le ciel. En ce moment même, les conditions sont brutales là-haut : froid et vent. Même avec des nuages autour, le Denali écrase ses voisines. C'est une montagne géante.

Après avoir quitté l'avion, déchargé notre matériel et réalisé où je me trouvais, nous randonnons un bon kilomètre pour atteindre le premier camp de base. Ces premiers pas sur le glacier sont une catastrophe : mon traineau ne veut pas rester droit, à chaque pas j'ai l'impression que je vais tomber dans une crevasse, mes pompes de ski semblent vouloir exploser sous le poids... et la pente ne fait que 20°. Je n'ai jamais été sentimentale avec les objets, mais ma doudoune devient à ce moment-là ma meilleure amie contre le vent et le froid et malgré son état de dépérissement avancé dans un placard à la maison, je me refuse à la jeter.

Nous passons les quatre premiers jours à monter le matériel au camp de base, en skiant de nuit et en dormant le jour : la neige est plus froide, les ponts de neige plus solides. En plein jour il peut faire 40°C à la surface du glacier. La réflection du soleil sur la neige transforme paradoxalement le glacier en four qui peut te brûler la langue si tu gardes la bouche ouverte et te griller l'intérieur des narines. Au matin, soit je m'endormais en oubliant de manger, soit j'étais tellement excité que je ne pouvais pas fermer l'oeil. Ensuite, le camp est installé à 3560m et nous reprenons un rythme humain : skier le jour, dormir la nuit. Le vent est encore puissant en altitude, nous patientons en traçant la poudreuse autour du camp.

Deuxième camp à 4270m, au Main West Buttress Base Camp : les choses sérieuses commencent. Ce camp est un véritable village de tentes, de murs de neige, d'igloos... avec deux toilettes. En pleine saison il peut y avoir 250 personnes ici. Pour le moment nous sommes seuls. Le temps est magnifique et nous repérons nos couloirs tant convoités. Même si ces couloirs sont visibles par 99% des alpinistes qui atteignent le sommet, personne n'a pensé à les skier. Pendant les quelques jours d'acclimatation, notre sang se goinfre d'oxygène.

Ce sont Davenport et DeVore qui atteignent le sommet les premiers, habillés simplement d'un sous-vêtement et d'un coupe-vent. Ils descendent par le Mezzner Couloir, le plus évident, et nous sentons tous que notre expédition prend une belle tournure. Tous les indicateurs sont au vert : météo, neige, forme physique.

Réveil dans un matin immaculé. Les premiers pas sont difficiles, tout mon corps est au ralenti, mes muscles grincent. Nous traversons une pente de 60° avec les crampons plantés dans une neige dure. Chaque pas remplit toute ma conscience, il n'y a pas la place pour d'autres pensées. Clark, à quelques derrière moi, est en réalité à des années-lumière. Je sens la pointe de mes crampons qui s'enfoncent dans la neige, le poids de mon corps à équilibrer à chaque pas. Chaque respiration est plus vitale que jamais.

Arrivé au sommet, la vue me sidère : ça ressemble à la lune recouverte de neige, les flocons sculptée en formes impossibles, avec en toile de fond d'immenses formations nuageuses de 6000 m de haut. Nous nous retrouvons, excités : nous y sommes, il est là l'aboutissement de tous nos efforts. Je choisi le plus gros couloir, nommé plus tard Thunderbird, déjà skié par DeVore, Kramer et Davenport la veille. La neige condensée m'offre l'un des plus beaux runs de ma vie.

Le lendemain, avec Clark, nous nous réveillons tôt. Un bol de flocons d'avoine dans le ventre et nous partons pour le sommet sud et deux couloirs que nous avons nommé les Black couloirs. La montée est encore plus rude que la dernière mais avec un nouveau but en ligne de mire et une météo parfaite, l'énergie coule dans mes veines. En montant, laborieusement, pas après pas, je me dis qu'au moins nous n'aurons pas à redescendre à pied ! J'ai l'appareil photo autour du cou, je shoote en automatique, si je l'avais eu dans le sac, je crois que je ne l'aurais pas sorti. Mon cerveau sevré d'oxygène tourne au ralenti mais je comprends au moins une chose : la neige dans laquelle nous marchons, et bientôt skierons, est poudreuse. De la poudreuse à 6000m d'altitude, c'est inimaginable !

Cette dernière descente est mémorable : le ciel est pur, la neige parfaite. Après quelques virages nous prenons chacun l'un des Black couloirs vierges de toute spatule. Le mien est facilement accessible, Clarke doit marcher 30 mn pour atteindre le sien. C'est incroyable que personne n'ai songé à les skier avant nous... En bas, je suis épuisé, l'estomac noué par la faim, déshydraté mais avec un sourire grand comme ça. Nous avons réussi. L'autre bonne nouvelle, c'est qu'il reste des rations de whisky au camp de base.

Texte et photos : Adam Clark
Traduction : Guillaume Desmurs

Les réactions : 100% positif 0% negatif (18 réactions)

Laissez votre commentaire Connectez-vous pour laisser un commentaire
 - par el_koriganned, 13 décembre 2007
c'est beau et bien écrit...
 - avatar par Totox, 13 décembre 2007
Bien sympa le récit
 - avatar par illidankan, 13 décembre 2007
magnifique recit et encore mieux pour les photos ! certaines sont vraiment exceptionnelles (le coucher de soleil avec Chris davenport ds la peuf... *_*)
 - avatar par nantraldam, 13 décembre 2007
Encore un reportage et des photos magnifiques. Bravo skipass, le magazine envoit du lourd en ce début de saison! Pourvu que ça dure et vivement le prochain article!
 - avatar par Mentalik, 13 décembre 2007
C'est trop beau tout ça... !!! Rhaaaaa comme ça fait envie !!
 - avatar par bordelum2, 13 décembre 2007
Extraordinaire !
 - par CamaradeRomanov, 13 décembre 2007
Que dire devant tant de perfection ?
 - par SergeFlousier, 14 décembre 2007
la photo de couv ?

STYLEEEEEEE !
 - par skirider, 14 décembre 2007
Toute une aventure! Je t'envie énormément. Et quelles photos! Wow!

Merci de nous montrer ça.

Yann
 - avatar par Axel974, 14 décembre 2007
tout simplement magnifique...
 - avatar par RiderFucker, 14 décembre 2007
Des articles et des reportages qui s'améliorent. Bravo Skipass !
 - par cheeky frenchie, 14 décembre 2007
Super reportage et excellente traduction !
Ca envoie du lourd.

Cheeky
 - par 15Cantalou, 16 décembre 2007
Regardez donc la photo "Grosse journée de poudre : choisis ta ligne camarade" il y a une godille serrée, j'ai envie de dire respect!
 - avatar par Ricorider, 17 décembre 2007
J'adore ce photographe. Merci Skipass d'avoir publier Adam Clark.
: )
 - avatar par sacoche, 17 décembre 2007
superbe trip !!!!
 - par ludolagoutte, 25 décembre 2007
Salut !!

de beaux couloirs et de magnifiques photos. Bravo encore.

Quel était le matériel du télémarkeur ? Chaussures ? Surbottes ? Fix ?

Par avance merci, ludo

NB : si tu sais pas, donnes moi son mail STP ? merci
 - par facialbelch, 21 février 2008
"Grosse journée de poudre" encore: on peut voir sur la droite le virage sous les "géants de glace" effectué par le télémarkeur de la photo n°8
 - par PowerPowPow, 27 février 2008
MAGIQUE!!!!!!


les textes, photos et illustrations présents sur skipass.com sont la propriété exclusive de skipass.com et de ses partenaires et ne peuvent être reproduits sans autorisation.

© 1997-2008 skipass.com - CNIL : 1094599    envoyer cette page à un ami
presse  annonceurs  partenaires  contact  mot de passe perdu?  haut de page